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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 11:53

Amendé sur de nombreux points, le projet de transformation de la pointe de l’île Saint-Louis est toujours aussi destructeur.

 

Refondu en fonction des exigences de la Commission nationale des monuments historiques  (CNMH) réunie le 7 mars dernier, le projet de transformation de l’hôtel a été réexaminé par les experts de la Commission du Vieux-Paris (CVP) le 1er de ce mois, suscitant une seconde vague d’indignation et de protestations. La nouvelle mouture des plans transmis par l’agence Perrot n’intègre qu’une partie seulement des modificatifs souhaités par la Commission nationale*. Des incohérences manifestes apparaissent dans les plans, qui portent des indications qu’on ne retrouve pas en élévation ni dans les coupes, et vice-versa. Le caractère expéditif et sommaire d’une révision visiblement effectuée dans l’urgence - les documents graphiques portent curieusement la date du 28 février 2009 : seraient-ils antérieur à la séance de la CNMH du 9 mars ? - ont amené les membres de la CVP à s’interroger sur son actualité. Quelle phase exacte du projet juge-t-on ?

 En tout état de cause, actés ou non, les amendements stipulés début mars par la CNMH ne sont pas de nature à rassurer le public. Les plans qui viennent d’être transmis montrent notamment que le volume des locaux souterrains n’a nullement été revu à la baisse. La cour d’honneur serait totalement décaissée, le jardin, à concurrence du tiers de sa surface, et sur sept mètres de profondeur. Les quatre gaines verticales de ventilation visibles sur le plan du rez-de-jardin vont nécessairement de pair avec des ramifications horizontales dont la prolifération utile au confort thermique est incompatible avec la logique constructive de l’édifice. Les allégations fournies par l’agence Perrot au sujet du conditionnement de l’air inspirent d’autant plus de défiance que ce réseau n’est pas figuré en coupe, là où les interventions seraient les plus destructrices. Seuls les dessins d’exécution à grande échelle fournis par le bureau d’étude associé à l’opération permettraient de mesurer l’impact jusqu’ici minimisé de l’intégration des fluides sur l’architecture du bâtiment.

 

La crédibilité de la Commission nationale et du comité de suivi – une caution souvent mise en avant par le ministère - ne sort pas indemne de l’ « affaire Lambert ». Les rapports, expertises, avis et amendements formulés par ces deux instances consultatives témoignent d’une erreur manifeste d’appréciation de la valeur patrimoniale de l’objet considéré et des mutilations inhérentes aux transformations qu’on se propose de lui faire subir. Membre de la Commission du Vieux Paris, l’architecte Paul Chemetov a résumé le sentiment général en formulant un message d’une grande virulence à l’encontre du projet de l’hôtel Lambert et en invitant les membres de cette instance à opposer une position très ferme à l’attitude incompréhensible de la Commission nationale. La Commission du Vieux Paris demande qu’une version actualisée du projet lui soit transmise, afin de se prononcer en toute connaissance de cause sur le dossier de rénovation de la pointe de l’île.

                                                                                                                        J.-F. Cabestan


Si l’escalier de Lassus d’abord condamné réapparaît dans l’état projeté, le vœu de suppression des deux salles de bains inconsidérément pratiquées au dessus de la galerie d’Hercule n’a pas été entériné. L’ascenseur litigieux ne transperce plus le plafond de l’appartement de Jean-Baptiste Lambert, mais les injonctions relatives à l’ornementation très critiquée des façades n’ont pas été fidèlement suivies.

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Published by Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - dans L'avis des experts...
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La presse en parle...

LE MONDE | 23.02.09 |


Pour l'hôtel Lambert, faites encore un effort, Monsieur l'architecte en chef !

par Claude Mignot


Le
18 décembre 2008, la Commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.
Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.
Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.
Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.
Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.
Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.
Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.
On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.
Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.
Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?
Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.
En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.
Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.
Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


Claude Mignot est professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la Commission du Vieux Paris.

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