Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 20:32

Amis, défenseurs du patrimoine, vous trouverez ci-dessous le texte intégral du courrier que nous avons adressé au nouveau ministre de la Culture et de la Communication, quelques jours après sa nomination. Nous sommes toujours en attente de sa réponse.

Par ailleurs nous sommes en train de réfléchir à la suite que nous allons donner à cette décision de Madame Albanel, autorisant les travaux. Vers un éventuel recours ? Nos y réfléchissons !

Il est évident que vous serez très vite informés.


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Supplique en faveur de l’hôtel Lambert

 

Monsieur le Ministre,

 

Loin d’entériner un projet consensuel et de clore les débats, le feu vert donné par Christine Albanel au projet de restauration de l’hôtel Lambert ne fait que raviver les inquiétudes du public et des spécialistes. Cette décision qui témoigne d’une ignorance intolérable relativement à un édifice de cette importance de l’actualité et de l’excellence des savoir-faire répandus dans toute l’Europe inspire des doutes quant à la capacité de notre pays d’assumer la gestion de son patrimoine. Par un concours de circonstances incompréhensible, la gravité des opérations qui compromettent le destin de l’un des fleurons du patrimoine parisien a été volontairement sous-estimée, notamment par la Commission nationale des Monuments historiques. Les amendements obtenus par cette dernière sont minimes au regard du traumatisme qu’on s’apprête à faire subir au bâtiment.

 

Sur le plan patrimonial, le défaut de convenance entre le projet et la valeur d’art et d’histoire du bâtiment est cruel et manifeste. Le retour à un état antérieur idéalisé, l’adoption selon la formule de Viollet-le-Duc d’ « un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné » dénotent une attitude rétrograde difficile à accepter pour un projet de restauration de tout premier ordre. Faut-il rappeler que l’hôtel Lambert classé en totalité s’inscrit dans un site protégé par l’Unesco au titre du patrimoine mondial, au cœur de la capitale d’un pays signataire de la Charte de Venise ? La situation est d’autant plus critique que le principe de cette translation de la réalité présente vers un âge d’or hypothétique s’accompagne de l’intégration dans la structure du XVIIe siècle de la panoplie complète des composantes d’un luxe contemporain dont l’insertion est à la fois mutilante et irréversible.

 

D’un point de vue purement technique, les meilleurs spécialistes du bâti ancien mesurent et déplorent l’étendue des risques qu’on s’apprête à faire subir à la construction pluriséculaire parvenue jusqu’à nous presque indemne, sans égard pour son caractère unique, sa préciosité et sa très grande fragilité. On le sait, il est imprudent de créer d’importants locaux souterrains en bordure de Seine, tant sous la cour que sous le jardin, choquant de percer trois nouvelles cages d’ascenseur ex nihilo au détriment de structures existantes dont un escalier ancien toute hauteur, insensé de soumettre tous les étages d’une construction de ce type et de cet âge aux exigences de la climatisation, grotesque enfin d’invoquer le développement durable dans le cadre d’une opération qui relève d’un chantier d’exception.

 

Monsieur le Ministre, ceci est une supplique : votre nomination récente et le séjour que vous venez d’effectuer à Rome vous donnent un recul dont ne disposaient peut-être pas ceux qui, par dilution des responsabilités, viennent de réserver à un édifice d’une valeur patrimoniale analogue à celle de la Farnésine ou de la villa Madame un destin rien moins que pitoyable. Comment arguer devant des pays de l’Union européenne tels que l’Italie ou l’Espagne que la satisfaction d’un besoin passager – le garage de 4 véhicules – a engendré une action aussi barbare que le bouleversement des sous-sols de l’édifice ? Logerait-on un parking sous la villa Médicis ? Perforerait-on les voûtes et les planchers du Palais Barberini ? Comment justifier auprès des générations futures d’avoir laissé affubler l’hôtel Lambert de pots-à-feu, d’épis de faîtage et de lucarnes de tel ou tel modèle dans l’optique naïve de rendre l’édifice plus beau qu’il n’est déjà ?

 

Laisser commettre ces forfaits dans la position de sachants où nous sommes n’est pas rendre justice à la bonne volonté d’une famille de commanditaires dont on sait, ainsi qu’en témoigne le récent musée de Doha, la priorité qu’elle accorde à l’excellence architecturale. La déontologie et un sens de l’hospitalité même élémentaires exigent qu’on renseigne avec sincérité le Prince Hamad Ben Khalifa Al-Thani de l’appartenance de l’hôtel Lambert aux plus hautes sphères du patrimoine international et des implications qui en résultent. Il est temps encore de dissiper ce climat de courtisanerie servile et aveugle qui a conduit les maîtres d’œuvre chargés de l’opération à satisfaire sans distance critique aux impératifs stéréotypés d’un luxe de convention, à s’écarter du véritable intérêt d’un commanditaire susceptible de nous reprocher un jour très amèrement la dévastation de son bien, mais trop tard.

 

Nous vous soumettons en pièce jointe le texte de la pétition que nous avons lancée en février dernier ainsi qu’une liste de personnalités parmi les 8000 pétitionnaires qui se sont manifestés en faveur d’une réorientation du projet de restauration. Nous y ajoutons le texte d’une interview récemment accordée par Michèle Morgan sur cette maison qu’elle a longtemps habitée. Cette expression sincère et colorée d’une désapprobation partagée par tous les connaisseurs exprime en peu de mots ce que la partenaire de Jean Gabin a elle-même qualifié avec modestie de « bon sens populaire ». Enfin, nous avons l’honneur de vous informer que l’association « Paris Historique » va déposer un recours contre la décision de Christine Albanel, selon les procédures légales.

 

Monsieur le Ministre, vous avez le pouvoir d’enrayer la course de cette machine infernale, de réorienter l’opération ignominieuse qui se profile et de métamorphoser cette campagne de restauration très attendue en un projet « phare », qui puisse conférer à la France le rôle d’avant-garde qu’on est en droit d’attendre d’un pays dont les richesses patrimoniales sont quasi sans égales. Puisse l’engagement dont vous avez fait preuve en maintes circonstances vous déterminer à considérer l’étendue du désastre imminent, à vous saisir à bras-le-corps de ce projet, et faire de la restauration de l’hôtel Lambert l’une des réussites personnelles de votre ministère.

 

Nous vous prions, Monsieur le Ministre, d’agréer les assurances de nos sentiments très respectueux.

 

 

 

 

Jean-François Cabestan, architecte du patrimoine, université de Paris 1 et
Pierre Housieaux, Président de l’association « Paris Historique »

 

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts... - Recommander
Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /2009 10:57

Mme Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, a finalemenent autorisé les travaux pour la restauration de l'hôtel Lambert. Cliquez ici pour accéder au communiqué de presse officiel.

Dès le lendemain, la presse nationale s'est fait l'écho de cette décision et les initiateurs de ce blog ont pu réagir publiquement. Vous pouvez consulter les différents articles en cliquant sur les titres ci-dessous :
- Le Monde, L'hôtel Lambert, l'inquiétude demeure
- L'Express, Ce projet dénature et mutile l'hôtel Lambert
- Le Parisien, à qui il arrive souvent d'omettre de demander l'avis légitime des associations..., Feu vert du ministère aux travaux de l'hôtel Lambert.
- et l'interview de Michèle Morgan, qui a été locataire de l'hôtel...

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés.

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts... - Recommander
Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /2009 15:33

La Tribune de l'Art, mis en ligne le 13 mai 2009

Le 18 décembre 2008, consultée sur le « projet de réhabilitation » de l'hôtel Lambert élaborée par l'agence d'Alain-Charles Perrot, la Commission du Vieux Paris avait exprimé son opposition unanime.

Quatre mois plus tard, après un débat public intense, en dépit des observations d'Alexandre Cojannot (le spécialiste de Louis Le Vau introduit in extremis dans petit conseil scientifique chargé de suivre la restauration), et des très nombreuses recommandations de la Commission supérieure des Monuments historiques (section Travaux) du 9 mars dernier, le projet continue de susciter de légitimes inquiétudes, même si on peut relever des évolutions positives (voir l'article « Hôtel Lambert : des bienfaits de la polémique »). Le mardi 5 mai après-midi, lors d'une séance extraordinaire de la Commission du Vieux Paris, l'architecte en chef a présenté en effet un projet, qui ne matérialise toujours pas les évolutions annoncées, et offre encore de nombreux points obscurs, ambigus, voire carrément inquiétants.

Commençons par l'essentiel. Si l'on en croit le dernier jeu de plans, présentés lors de cette séance, le projet prévoit bien d'installer sous un gros quart du jardin suspendu des "locaux techniques" de grandes dimensions ( 250 m2 sur deux niveaux de sous-sols, sur sept mètres de profondeur), bâtis en « cuvelage » (selon la légende portée sur le plan) avec les risques bien connus de déstabilisation des fondations voisines en cas de crue (les crues décennales monteraient à mi-hauteur de ces parois étanches, mais les reflux latéraux bien plus haut encore). Quand on prétend redresser le grand escalier (qui a joué sur ses souples pilotis), peut-on jouer avec la stabilité de l'ensemble de l'hôtel ?

Sous la cour, pour le garage souterrain qu'il prévoit toujours d'y creuser, l'architecte annonce avoir renoncé au cuvelage au sens précis du mot (l'eau des crues pourrait s'y engouffrer), dont acte, mais pourquoi diable rester fixé sur l'idée d'un garage en sous-sol : il y avait une logique à cela, lorsqu'il s'agissait de garer sept ou huit véhicules, mais, comme le P.L.U. (plan local d'urbanisme) de l'île Saint-Louis interdit d'accroître le nombre de places et les surfaces de parking, pourquoi dénaturer de manière irréversible la cour pavée d'un des plus beaux et des plus authentiques hôtels du Grand siècle pour placer en sous-sol quatre voitures qu'on savait garer précédemment en surface ? Il serait quant même à la fois plus respectueux du patrimoine et plus chic de garer sa voiture dans l'espace des anciennes remises de carrosses que dans un sous-sol bétonné inondable.

Le troisième point d'inquiétude reste l'ascenseur débouchant dans l'ancien cabinet de Nicolas et Jean-Baptiste Lambert. On ne peut que se réjouir qu'on ait renoncé à percer son plafond à poutres et solives peintes (ce qui permet de sauver du même coup l'escalier de Lassus, qui conduit à l'appartement néogothique des combles), et l'on peut remercier vivement le nouveau propriétaire de ce sacrifice, puisqu'il s'agissait selon l'architecte de sa seule exigence ; mais, puisque cet ascenseur ne sert plus qu'à monter du rez-de-chaussée, qui a fort peu de hauteur, au rez-de-jardin, est-il, tout compte fait, nécessaire ? Ne peut- le repousser derrière une cloison voisine, voire se contenter du petit escalier de dégagement qu'on y trouve, pour jouir d'une pièce qui ne soit pas défigurée par le débouché incongru d'un ascenseur ?

Certains points semblent acquis : conservation des huisseries anciennes, plus nombreuses que ce qui était acté dans le dossier initial (mais leur remontage reste à préciser) ; maintien de l'appartement néogothique aménagé dans le comble du corps principal avec ses vitraux (mais quid de la grande cheminée qui y est associée ?) et de l'escalier de Lassus, qui y mène (dont il faudra veiller à améliorer l'enduit extérieur) ; abandon du projet de remplacer par d'improbables restitutions les éléments du XIXe siècle de la cage du grand escalier.

Cependant restent encore bien d'inquiétantes incertitudes sur le passage des réseaux de fluides liés au mode de régulation de la température choisie (les plans montrés ne fixent l'emprise que de quatre gaines verticales), comme des réserves sur des altérations gratuites des distributions initiales (déplacement de la cloison de l'ancienne bibliothèque qui crée une antichambre obscure) et sur des choix patrimoniaux discutables (remplacement des lucarnes existantes pour créer une uniformité fallacieuse ; restitution de pots-à-feu non documentés, et en tout étant de cause surdimensionnés ; surélévation du muret fermant le jardin vers le quai, au risque d'altérer les rapports visuels de proportions.

S'il est légitime et prudent de prévoir un suivi du chantier, il reste encore, à notre sens, à opérer quelques révisions majeures du parti de restauration pour pouvoir se réjouir sans amers regrets de ce qui attend ce chef d'œuvre de l'architecture française.


Claude Mignot

Membre de la commission du Vieux-Paris
Professeur à l'université de Paris-Sorbonne

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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 11:38


R
ien n'est joué pour la sauvegarde de l'hôtel Lambert, joyau parisien du XVIIe siècle classé monument historique. A la veille de la décision de Christine Albanel sur l'avenir du bâtiment, le maire de Paris, Bertrand Delanoë a émis, vendredi 15 mai, un avis (consultatif). La ministre de la culture doit donner son feu vert à la "réhabilitation" conduite par Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques, sous réserve des recommandations de la Commission nationale des monuments historiques (Le Monde du 12 mars).

Dans cet avis, M. Delanoë se réjouit des avancées réalisées sur le projet initial. Mais il pointe aussi les menaces sur la structure de ce témoin essentiel du Grand Siècle. Il "déplore le rehaussement du mur d'enceinte de 80 centimètres" qui souligne la proue de l'île Saint-Louis et le jardin suspendu du bâtiment. Selon le plan local d'urbanisme (PLU), la superficie du parking prévu sous la cour pavée "doit être diminuée", dit-il, comme les locaux techniques sous le jardin historique "surdimensionnés et susceptibles de porter atteinte (...) à la pérennité des plantations". Ce jardin est en cours de classement, précise le maire, qui demande à Mme Albanel que la "secrétaire générale de la Commission du Vieux Paris soit nommée membre de la Commission scientifique" chargée d'éclairer la ministre sur le dossier.

La Commission du Vieux Paris, qui auditionnait l'architecte le 5 mai, a répertorié les problèmes en cours : le passage des fluides pour la climatisation, la création d'un ascenseur dans la chambre de M. Lambert, la redistribution des pièces, etc. De quoi nourrir encore l'inquiétude des académiciens et autres notoriétés des arts et lettres qui ont récemment signé une pétition.


Florence Evin
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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /2009 22:52

Signé par un collectif de 7 experts de la Commission du Vieux Paris, dont plusieurs membres
particulièrement éminents, ce "rebond" a été refusé par
Libération fin février au motif qu'il était diffamatoire. Même si quelques amendements ont été obtenus depuis, l'actualité des informations qu'il contient et
l'autorité des signataires nous engagent à le soumettre nos lecteurs.


Le 18 décembre dernier, la Commission du Vieux Paris a alerté le Maire de Paris et l’opinion sur la dénaturation importante que subirait l’hôtel Lambert, chef-d’œuvre du XVIIe siècle classé monument historique dès 1862, si le projet de « réhabilitation » élaboré par l’architecte en chef Alain-Charles Perrot pour le frère de l’émir du Qatar n’était pas profondément amendé. Le point principal, sur lequel la Commission était notamment habilitée à émettre un avis, se rapporte à la question du garage dont le terre-plein du jardin suspendu, très en vue, est appelé à faire les frais. Cette option s’accompagne d’une sortie de voitures quai d’Anjou, en plein milieu du mur de soutènement d’origine. L’annonce publique faite par Bertrand Delanoë de son intention de ne pas donner son accord a suscité une réponse ambiguë de Christine Albanel. Loin d’assurer qu’il ne pouvait être question de porter atteinte à la proue de l’île Saint-Louis, c’est-à-dire à un site inscrit au patrimoine de l’Unesco, la ministre a seulement déclaré que « rien n’était décidé ». À la mi-janvier, pour faire face aux réactions et protestations suscitées par la découverte d’autres éléments du dossier sujets à contestation, l’architecte et le représentant du propriétaire entr’ouvrent aux media les portes de l’hôtel. L’architecture de Le Vau et les peintures de Le Brun contribuent pour partie à la réussite de l’opération de séduction : les omissions, demi-vérités, contre-vérités et mensonges proférés par l’architecte alors maître du terrain font le reste. C’est ainsi qu’aux articles alarmistes de décembre succède une salve d’informations rassurantes voire lénifiantes. Pourtant, à ce jour, rien ne permet d’écarter les inquiétudes très vives sur la préservation de l’intégrité patrimoniale de l’un des édifices parmi les plus célèbres de la capitale. Sans doute n’est-il question ni de raser l’hôtel ni d’en démolir les pièces les plus ornées, c’est bien la moindre des choses. Le destin des dedans et les dehors n’en sont pas moins pour partie compromis dans leur authenticité, parfois très gravement.

 La transformation la plus barbare concerne le démantèlement du bastion que forme le jardin suspendu, de plain-pied avec l’appartement principal du premier étage. En dépit des dénégations de l’architecte, les dessins de son agence indiquent sans ambiguïté qu’il est prévu d’en surélever le parapet. Le sacrifice d’une disposition aujourd’hui unique à Paris tient dans le vœu de disposer de davantage de places de parking. On en comptait pourtant déjà cinq du temps des précédents propriétaires. En second lieu, la création de deux ascenseurs – celle-ci porte à quatre le nombre des circulations verticales mécaniques – et de trois gaines techniques d’un volume considérable porte une atteinte d’ordre structurel à l’économie de la construction. Ces dispositifs engendrent la destruction d’un escalier du XVIIIe siècle qui jouxte l’escalier d’honneur et, plus grave, l’éventrement du plafond de la chambre à coucher de Jean-Baptiste Lambert, le commanditaire de l’hôtel, dont les poutres et les solives polychromes sont ornées de médaillons historiés, de putti et de rinceaux rehaussés de dorures. On pouvait croire cette dernière pièce – le point d’orgue de la distribution du grand appartement d’apparat – assujettie au régime de protection qui s’impose dans tout le bâtiment. Le projet prévoit d’amputer son volume d’un tiers en faveur du passage d’une gaine technique et de l’une des cages d’ascenseur puis de morceler ce qui en reste à l’aide d’équipements sanitaires incongrus. Selon Alain-Charles Perrot, la climatisation est absente de l’hôtel : il s’agit d’air chauffé ou rafraîchi, distinction assez vaine au regard du volume impressionnant des gaines. S’appuyant sur une analyse des huisseries qui, contrairement à des assertions mensongères, n’a pas été commandée au meilleur spécialiste en la matière, l’architecte prétendait qu’il n’y avait plus rien d’ancien et s’apprêtait à tout remplacer. On attend maintenant les résultats d’une expertise fiable.

 D’autres aspects relèvent d’une attitude et d’un savoir faire datés en matière de restauration. Associant dans un flou peu doctrinal les réparations nécessaires et le retour à un état ancien scientifiquement infondé, le maître d’oeuvre souhaite retoucher les toitures, remplacer les lucarnes quitte même à en rajouter et pratiquer des additions d’ordre décoratif : fausses menuiseries, balustrades, potiches et pots-à-feu. En 1964, la « charte de Venise » a formulé des règles autour desquelles se rassemblent aujourd’hui les restaurateurs du monde entier. Elle établit notamment le respect des strates du temps : les autels baroques dans les églises romanes, comme les décors néo-gothiques dans les hôtels classiques. Au mépris de ce texte qui est la doctrine officielle de l’Icomos et du ministère de la Culture en matière de restauration, Alain-Charles Perrot prétend rétablir un état ancien de l’hôtel et s’apprête à ruiner la cohérence de l’appartement de style troubadour aménagé dans les combles sous Napoléon III pour les Czartoryski. Peut-on bafouer la mémoire de cette famille polonaise qui a assuré la restauration, l’entretien et le rayonnement de l’hôtel Lambert pendant un siècle et demi ? Il s’agit en outre d’une œuvre de Jean-Baptiste Lassus, collaborateur de Viollet-le-Duc à Notre-Dame. On n’envisage pas moins d’en retrancher l’escalier en chêne orné de sculptures, une cheminée à hotte et d’intéressants vitraux historiés. Le goût subjectif l’emporte ici sur la valeur patrimoniale objective. Mais la responsabilité de ces choix n’incombe-t-elle pas plutôt à Alberto Pinto, le décorateur auquel ont été soumis tous les locaux ayant perdu leur décor du XVIIe siècle, notamment dans l'aile gauche de l'hôtel dont il est prévu de remanier complètement la distribution ancienne ?

Il est consternant de penser que c’est un « architecte en chef des monuments historiques » qui a élaboré ce projet. La campagne envisagée n’est ni une restauration, ni une réhabilitation du bâtiment considéré. C’est une dénaturation profonde du chef d’œuvre du jeune Le Vau – l’architecte de Vaux-le-Vicomte, de la façade sur jardin de Versailles et de l’Institut de France – et de ses adaptations successives. Le Maire de Paris semble décidé à maintenir son veto sur le garage souterrain. On aimerait que les services de l’État réagissent à leur tour, puisqu’en dernier ressort c’est la Ministre de la Culture qui tranchera et délivrera le permis soit de restaurer, soit de dénaturer la distribution de l’hôtel Lambert.

 

Jean-Pierre Babelon,
membre de l’Institut, membre du Comité d’histoire de Paris, conservateur général honoraire du Patrimoine

Jean-François Cabestan,
architecte du patrimoine, université de Paris 1

Mark K. Deming,
historien, école d’architecture de Paris-Belleville

Pierre Housieaux,
président de l’association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique

Antoine Picon,
chercheur à l'école nationale des Ponts et Chaussées, professeur à la Graduate School of Design de l'université Harvard.

Pierre Pinon,
professeur à l’école de Chaillot

Christian Prévost-Marcilhacy,
inspecteur général honoraire des monuments historiques

 

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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /2009 11:53

Amendé sur de nombreux points, le projet de transformation de la pointe de l’île Saint-Louis est toujours aussi destructeur.

 

Refondu en fonction des exigences de la Commission nationale des monuments historiques  (CNMH) réunie le 7 mars dernier, le projet de transformation de l’hôtel a été réexaminé par les experts de la Commission du Vieux-Paris (CVP) le 1er de ce mois, suscitant une seconde vague d’indignation et de protestations. La nouvelle mouture des plans transmis par l’agence Perrot n’intègre qu’une partie seulement des modificatifs souhaités par la Commission nationale*. Des incohérences manifestes apparaissent dans les plans, qui portent des indications qu’on ne retrouve pas en élévation ni dans les coupes, et vice-versa. Le caractère expéditif et sommaire d’une révision visiblement effectuée dans l’urgence - les documents graphiques portent curieusement la date du 28 février 2009 : seraient-ils antérieur à la séance de la CNMH du 9 mars ? - ont amené les membres de la CVP à s’interroger sur son actualité. Quelle phase exacte du projet juge-t-on ?

 En tout état de cause, actés ou non, les amendements stipulés début mars par la CNMH ne sont pas de nature à rassurer le public. Les plans qui viennent d’être transmis montrent notamment que le volume des locaux souterrains n’a nullement été revu à la baisse. La cour d’honneur serait totalement décaissée, le jardin, à concurrence du tiers de sa surface, et sur sept mètres de profondeur. Les quatre gaines verticales de ventilation visibles sur le plan du rez-de-jardin vont nécessairement de pair avec des ramifications horizontales dont la prolifération utile au confort thermique est incompatible avec la logique constructive de l’édifice. Les allégations fournies par l’agence Perrot au sujet du conditionnement de l’air inspirent d’autant plus de défiance que ce réseau n’est pas figuré en coupe, là où les interventions seraient les plus destructrices. Seuls les dessins d’exécution à grande échelle fournis par le bureau d’étude associé à l’opération permettraient de mesurer l’impact jusqu’ici minimisé de l’intégration des fluides sur l’architecture du bâtiment.

 

La crédibilité de la Commission nationale et du comité de suivi – une caution souvent mise en avant par le ministère - ne sort pas indemne de l’ « affaire Lambert ». Les rapports, expertises, avis et amendements formulés par ces deux instances consultatives témoignent d’une erreur manifeste d’appréciation de la valeur patrimoniale de l’objet considéré et des mutilations inhérentes aux transformations qu’on se propose de lui faire subir. Membre de la Commission du Vieux Paris, l’architecte Paul Chemetov a résumé le sentiment général en formulant un message d’une grande virulence à l’encontre du projet de l’hôtel Lambert et en invitant les membres de cette instance à opposer une position très ferme à l’attitude incompréhensible de la Commission nationale. La Commission du Vieux Paris demande qu’une version actualisée du projet lui soit transmise, afin de se prononcer en toute connaissance de cause sur le dossier de rénovation de la pointe de l’île.

                                                                                                                        J.-F. Cabestan


Si l’escalier de Lassus d’abord condamné réapparaît dans l’état projeté, le vœu de suppression des deux salles de bains inconsidérément pratiquées au dessus de la galerie d’Hercule n’a pas été entériné. L’ascenseur litigieux ne transperce plus le plafond de l’appartement de Jean-Baptiste Lambert, mais les injonctions relatives à l’ornementation très critiquée des façades n’ont pas été fidèlement suivies.

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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 16:54

Réunie le 1er avril à l’Hôtel de Ville, la commission du Vieux Paris n'a pas que constater les non-concordances entre les différents documents qui lui ont été communiqués. Elle demande donc que la version actualisée du projet lui soit transmise, afin de se prononcer en toute connaissance de cause sur la rénovation de l’hôtel. Elle note en particulier que le dossier reçu par la Ville le 16 mars est daté du 28 février, il ne peut donc pas tenir compte des avis émis par la Commission nationale des monuments historiques du 9 mars !

Dans cette attente, elle réitère le vœu émis le 18 décembre 2008, qui exprimait notamment de vives protestations contre l’ampleur et la radicalité des interventions prévues, liées à la mise en œuvre d’un programme beaucoup trop chargé, aboutissant au sacrifice des distributions anciennes et de certains dispositifs architecturaux originels, entraînant le percement de trémies dans les planchers et de saignées dans toutes les maçonneries, au risque d’endommager les décors et les structures. La Commission avait également protesté contre la réalisation de vastes locaux techniques sous la cour et le jardin, en particulier d’un parking sous le jardin.

                                                                                                                             Pierre Housieaux

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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 00:00

Le 9 mars dernier, la Commission nationale des monuments historiques a avalisé à l’unanimité le projet de transformation conçu par l’architecte en chef Alain-Charles Perrot. Quelques amendements ont été obtenus, mais la situation reste très préoccupante. 

Si la presse croit pouvoir rassurer le public, l’association « Paris historique » intensifie son action en faveur de l’hôtel Lambert. En dépit d’un important déshabillage du projet acté le 9 mars dernier par la Commission nationale, les hypothèses d’intervention demeurent globalement inchangées et le projet laisse toujours très fortement à désirer*. L’attitude des experts est incompréhensible : en dépit des convictions des uns et des autres, l’avis favorable obtenu en fin de séance n’a bizarrement souffert aucune abstention. Cette situation inspire des doutes voire une suspicion sur la compétence et l’autorité de cette instance consultative dans l’examen d’un projet de restauration dont nos adhérents et le public informé connaissent désormais l’inacceptable part de vandalisme.

 - Le programme de l’habitation du propriétaire n’a pas été réexaminé en fonction des transformations que le vénérable bâtiment peut raisonnablement supporter. Le principe de la permutation du parking et des locaux techniques souterrains nécessite toujours qu’on enterre d’immenses volumes de béton sous la cour et sous le jardin. L’archéologie, l’architecture et le fragile équilibre structurel de sols intouchés depuis 1640 sont inexplicablement méprisés.  

- La question de la climatisation d’une structure qui présente une inertie remarquable n’a pas même fait l’objet d’un débat. Or, les 100 000 m3 d’air qu’on se propose de conditionner nécessitent une infrastructure aussi mutilante qu’injustifiée dans l’architecture de Le Vau. On redoute non seulement les saignées, les forages et les surépaisseurs qui résulteront de la mise en place des gaines, mais encore les effets induits notamment sur les décors par l’exploitation future de l’installation.

- Le ministère affecte de se reposer sur l’efficacité d’un comité de suivi qui, dans sa composition originelle, n’a guère fait preuve de beaucoup de clairvoyance en avalisant sans sourciller un projet qu’il a bien fallu se résoudre à désosser. L’intégration toute récente de deux historiens pleins de bonne volonté n’offre malheureusement toujours pas la garantie que ce programme de restauration sera réorienté dans de bonnes conditions.

 Nullement opposée au projet légitime d’adaptation de l’hôtel Lambert aux besoins de son actuel propriétaire, l’association « Paris historique » souhaite que son projet de transformation continue à évoluer en toute transparence. Elle demande notamment que soient actés les deux points suivants :

- L’intégration d’experts reconnus destinés à pallier les insuffisances du comité de suivi dans sa composition actuelle. La présence des archéologues de la maçonnerie, de la charpente et des jardins s’avère indispensable à l’amélioration et à la conduite de ce projet qui, dans ses prescriptions d’ordre patrimonial, n’a pris en considération que la peinture et les décors.

- L’établissement d’un calendrier prévoyant la fréquence des réunions et l’instauration de garanties permettant d’asseoir l’autorité du comité de suivi, notamment dans la validation de ses choix, des modifications et des amendements qu’il pourrait souhaiter voir adopter tout au long de la mise au point du projet et de la tenue du chantier.

Si elle devait n’être pas entendue, l’association se réserve le droit de mener plus loin son action en faisant valoir l’erreur manifeste d’appréciation de l’importance patrimoniale de l’hôtel Lambert et en dénonçant les mutilations inacceptables qu’entraîne le projet de restauration dans sa formulation actuelle.

Afin de favoriser la poursuite de la mise à plat du projet d’intervention conçu par Alain-Charles Perrot et avalisé par le ministère, nous invitons les anciens et futurs signataires de la pétition à réitérer ou nous accorder une confiance qui honore notre association. Nous les prions instamment de demeurer mobilisés dans la défense d’une cause qui regarde plus largement les conditions et les stratégies de la transmission du patrimoine architectural en général.  

 

 

Jean-François Cabestan                                                       Pierre Housieaux

Université Paris I - Panthéon - Sorbonne                           Président, Sauvegarde Paris historique



* On trouvera l’inventaire détaillé des amendements entérinés dans un article rédigé par Alexandre Gady dans la revue Momus (« hôtel Lambert, fin du premier acte », mars 2009 ; www.momus.fr).



 

 
Bernard Marrey, historien de l'architecture et auteur de nombreux ouvrages sur l'architecture parisienne et les matériaux de construction parmi lesquels Architectures à Paris, 1848-1914, La Tour Eiffel, Le Béton à Paris, La Brique à Paris, Paris sous verre : la ville et ses reflets, nous donne son avis éclairé...


 




Puis celui de quelques étudiants...

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts... - Recommander
Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:40

Le morceau de bravoure de l’architecture domestique parisienne conçu par Le Vau et décoré par Le Brun à la pointe de l’île Saint-Louis est sur le point de subir une transformation radicale.
Si les remaniements successifs n’ont jamais altéré sa distribution ni l’authenticité de sa structure, le projet qui vient d’être dévoilé prévoit d’assujettir l’hôtel du XVIIe siècle à l’économie d’une résidence de grand luxe et de ramener les extérieurs à un état originel idéalisé. Le saucissonnage des appartements engendre des destructions importantes et s’accompagne de la prolifération de gaines techniques disproportionnées, destinées à accueillir tuyauterie, climatisation et ascenseurs. Le bourrage de la parcelle rend nécessaire le sacrifice des sols et des sous-sols intacts. On envisage le démantèlement du jardin suspendu, dont le mur de soutènement s’ouvrirait côté Seine pour former la façade d’un garage (1).
Spécialistes, praticiens, amateurs de tous les pays prient respectueusement le ministre de la Culture et le gouvernement français de réorienter une opération qui, dans sa formulation actuelle, bafoue les savoir faire et les doctrines qui prévalent en matière de restauration sur un plan international.

(1) Le principe de cette baie a depuis été abandonné...







La proue de la galerie au-dessus du jardin suspendu

The prow of the gallery above the hanging garden

La “prua” della galleria al di sopra del giardino pensile

"Носовая часть" галереи над висячим садом
庭の上部にあるギャラリ

Photo : © Gaston Bergeret, 2009

 

Par Sauvegarde Paris historique - Publié dans : La pétition - Recommander

La pétition multilingue

La presse en parle

LE MONDE | 23.02.09 |
Pour l'hôtel Lambert,
faites encore un effort,
Monsieur l'architecte en chef !
par Claude Mignot

Le
18 décembre 2008, la Commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.
Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.
Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.
Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.
Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.
Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.
Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.
On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.
Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.
Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?
Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.
En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.
Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.
Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


Claude Mignot est professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la Commission du Vieux Paris.

La Tribune de l'art

Un important rectificatif sur l'hôtel Lambert - Didier Rykner La tribune de l'art  (19 janvier 2009)

La visite de l’hôtel Lambert qui a alimenté notre article du 16 janvier a été effectuée en compagnie d’Alexandre Gady de l’association Momus et de journalistes spécialisés de Connaissance des Arts et de Beaux-Arts Magazine. Le discours qui nous a été tenu et ce que nous avons pu observer sur place nous avaient tous convaincus que la polémique avait été exagérée et que, si plusieurs points posaient problème, les orientations prises étaient, dans l’ensemble, les bonnes.

A une question d’Alexandre Gady posant la question de la participation de Claude Landes, le meilleur spécialistes des huisseries anciennes, au diagnostic effectué, l’architecte en chef des monuments historiques, Alain-Charles Perrot, avait répondu : « oui, il a été consulté ». Cela nous autorisait à penser que le dossier d’étude préalable, où la majorité des fenêtres est décrite comme datant du XXe siècle, était pertinent.

Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’architecte nous a sciemment caché la vérité : Claude Landes nous a confirmé ne jamais avoir été sollicité.

Ceci remet en cause l'intégralité de ce qui nous a été dit lors de cette visite. La confiance est quelque chose qui se mérite et il faut maintenant nous interroger sur tous les points de ce discours lénifiant : le système de refroidissement et de chauffage est-il bien un simple « distributeur d’air », ou une vraie climatisation comme l’affirme un architecte ayant examiné les plans pour la Commission du Vieux Paris ? Les restaurateurs qui prendront en charge la galerie d’Hercule seront-ils également ceux dont on nous a parlé (et qui ont préalablement travaillé à la galerie d'Apollon au Louvre et à la Galerie des Glaces à Versailles) ou s'agira-t-il d'une autre équipe, le choix final n'ayant pas encore été fait, contrairement à ce qu'on nous a laissé entendre ? Qui restaurera les autres décors muraux : toujours cette équipe, comme nous avons cru le comprendre lors de la visite ou s’agira-t-il d’autres restaurateurs ? Et dans ce cas, auront-ils les mêmes compétences ?

Pour désamorcer au plus vite cette affaire, il faudra bien répondre à toutes ces questions. Il faudra aussi que Claude Landes soit effectivement appelé sur ce chantier et donne son avis sur les huisseries. Si celles-ci s’avéraient plus anciennes que ce qui apparaît dans l'étude préalable d'Alain-Charles Perrot, cela invaliderait toute cette étude. Il est nécessaire également d'inclure le spécialiste de Le Vau dans le comité scientifique, comme cela nous a été annoncé (une décision qui aurait d'ailleurs dû intervenir bien en amont, avant la remise de l'étude préalable).

La communication autour de ce projet témoignait-elle d’une volonté de transparence ou d’une opération de séduction cachant des intentions moins avouables ? En attendant de répondre clairement à cette question cruciale, nous préférons enlever l’article que nous avions écrit. La Tribune de l’Art a pour habitude de donner des informations fiables et vérifiées. Sans doute avons-nous fait preuve, dans cette affaire, de naïveté et nous présentons nos excuses à nos lecteurs. Faut-il souligner par ailleurs le caractère indispensable de la Commission du Vieux Paris que nous n'avons jamais voulu remettre en cause ? Nous avions écrit : « Il est dommage que la Commission du Vieux Paris n'ait pu prendre connaissance du dossier complet avant de se prononcer. » pour regretter que celui-ci ne lui ait pas été envoyé, non pour lui reprocher de ne pas se l’être procuré.

Cette affaire ne fait effectivement que commencer : nous y reviendrons très bientôt, d'autant que trois autres points, que l'on ne nous avait pas cachés, posent de graves problèmes : le parking creusé dans le jardin, l'installation d'un ascenseur perçant un plafond à solives et entraînant la destruction d'un escalier XIXe de Jean-Baptiste Lassus et la dépose d'éléments néo-gothiques au troisième étage du bâtiment.

Profil

  • : Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  • lambert
  • : Paris
  • : association fondée en 1963 pour "entreprendre et mener toute action permettant de promouvoir, de protéger et de faire connaître les quartiers de Paris, afin de sauvegarder leur harmonie architecturale et sociologique". Pierre Housieaux, préside

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