Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 16:54

Réunie le 1er avril à l’Hôtel de Ville, la commission du Vieux Paris n'a pas que constater les non-concordances entre les différents documents qui lui ont été communiqués. Elle demande donc que la version actualisée du projet lui soit transmise, afin de se prononcer en toute connaissance de cause sur la rénovation de l’hôtel. Elle note en particulier que le dossier reçu par la Ville le 16 mars est daté du 28 février, il ne peut donc pas tenir compte des avis émis par la Commission nationale des monuments historiques du 9 mars !

Dans cette attente, elle réitère le vœu émis le 18 décembre 2008, qui exprimait notamment de vives protestations contre l’ampleur et la radicalité des interventions prévues, liées à la mise en œuvre d’un programme beaucoup trop chargé, aboutissant au sacrifice des distributions anciennes et de certains dispositifs architecturaux originels, entraînant le percement de trémies dans les planchers et de saignées dans toutes les maçonneries, au risque d’endommager les décors et les structures. La Commission avait également protesté contre la réalisation de vastes locaux techniques sous la cour et le jardin, en particulier d’un parking sous le jardin.

                                                                                                                             Pierre Housieaux

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts... - Recommander
Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 00:00

Le 9 mars dernier, la Commission nationale des monuments historiques a avalisé à l’unanimité le projet de transformation conçu par l’architecte en chef Alain-Charles Perrot. Quelques amendements ont été obtenus, mais la situation reste très préoccupante. 

Si la presse croit pouvoir rassurer le public, l’association « Paris historique » intensifie son action en faveur de l’hôtel Lambert. En dépit d’un important déshabillage du projet acté le 9 mars dernier par la Commission nationale, les hypothèses d’intervention demeurent globalement inchangées et le projet laisse toujours très fortement à désirer*. L’attitude des experts est incompréhensible : en dépit des convictions des uns et des autres, l’avis favorable obtenu en fin de séance n’a bizarrement souffert aucune abstention. Cette situation inspire des doutes voire une suspicion sur la compétence et l’autorité de cette instance consultative dans l’examen d’un projet de restauration dont nos adhérents et le public informé connaissent désormais l’inacceptable part de vandalisme.

 - Le programme de l’habitation du propriétaire n’a pas été réexaminé en fonction des transformations que le vénérable bâtiment peut raisonnablement supporter. Le principe de la permutation du parking et des locaux techniques souterrains nécessite toujours qu’on enterre d’immenses volumes de béton sous la cour et sous le jardin. L’archéologie, l’architecture et le fragile équilibre structurel de sols intouchés depuis 1640 sont inexplicablement méprisés.  

- La question de la climatisation d’une structure qui présente une inertie remarquable n’a pas même fait l’objet d’un débat. Or, les 100 000 m3 d’air qu’on se propose de conditionner nécessitent une infrastructure aussi mutilante qu’injustifiée dans l’architecture de Le Vau. On redoute non seulement les saignées, les forages et les surépaisseurs qui résulteront de la mise en place des gaines, mais encore les effets induits notamment sur les décors par l’exploitation future de l’installation.

- Le ministère affecte de se reposer sur l’efficacité d’un comité de suivi qui, dans sa composition originelle, n’a guère fait preuve de beaucoup de clairvoyance en avalisant sans sourciller un projet qu’il a bien fallu se résoudre à désosser. L’intégration toute récente de deux historiens pleins de bonne volonté n’offre malheureusement toujours pas la garantie que ce programme de restauration sera réorienté dans de bonnes conditions.

 Nullement opposée au projet légitime d’adaptation de l’hôtel Lambert aux besoins de son actuel propriétaire, l’association « Paris historique » souhaite que son projet de transformation continue à évoluer en toute transparence. Elle demande notamment que soient actés les deux points suivants :

- L’intégration d’experts reconnus destinés à pallier les insuffisances du comité de suivi dans sa composition actuelle. La présence des archéologues de la maçonnerie, de la charpente et des jardins s’avère indispensable à l’amélioration et à la conduite de ce projet qui, dans ses prescriptions d’ordre patrimonial, n’a pris en considération que la peinture et les décors.

- L’établissement d’un calendrier prévoyant la fréquence des réunions et l’instauration de garanties permettant d’asseoir l’autorité du comité de suivi, notamment dans la validation de ses choix, des modifications et des amendements qu’il pourrait souhaiter voir adopter tout au long de la mise au point du projet et de la tenue du chantier.

Si elle devait n’être pas entendue, l’association se réserve le droit de mener plus loin son action en faisant valoir l’erreur manifeste d’appréciation de l’importance patrimoniale de l’hôtel Lambert et en dénonçant les mutilations inacceptables qu’entraîne le projet de restauration dans sa formulation actuelle.

Afin de favoriser la poursuite de la mise à plat du projet d’intervention conçu par Alain-Charles Perrot et avalisé par le ministère, nous invitons les anciens et futurs signataires de la pétition à réitérer ou nous accorder une confiance qui honore notre association. Nous les prions instamment de demeurer mobilisés dans la défense d’une cause qui regarde plus largement les conditions et les stratégies de la transmission du patrimoine architectural en général.  

 

 

Jean-François Cabestan                                                       Pierre Housieaux

Université Paris I - Panthéon - Sorbonne                           Président, Sauvegarde Paris historique



* On trouvera l’inventaire détaillé des amendements entérinés dans un article rédigé par Alexandre Gady dans la revue Momus (« hôtel Lambert, fin du premier acte », mars 2009 ; www.momus.fr).



 

 
Bernard Marrey, historien de l'architecture et auteur de nombreux ouvrages sur l'architecture parisienne et les matériaux de construction parmi lesquels Architectures à Paris, 1848-1914, La Tour Eiffel, Le Béton à Paris, La Brique à Paris, Paris sous verre : la ville et ses reflets, nous donne son avis éclairé...


 




Puis celui de quelques étudiants...

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:40

Le morceau de bravoure de l’architecture domestique parisienne conçu par Le Vau et décoré par Le Brun à la pointe de l’île Saint-Louis est sur le point de subir une transformation radicale.
Si les remaniements successifs n’ont jamais altéré sa distribution ni l’authenticité de sa structure, le projet qui vient d’être dévoilé prévoit d’assujettir l’hôtel du XVIIe siècle à l’économie d’une résidence de grand luxe et de ramener les extérieurs à un état originel idéalisé. Le saucissonnage des appartements engendre des destructions importantes et s’accompagne de la prolifération de gaines techniques disproportionnées, destinées à accueillir tuyauterie, climatisation et ascenseurs. Le bourrage de la parcelle rend nécessaire le sacrifice des sols et des sous-sols intacts. On envisage le démantèlement du jardin suspendu, dont le mur de soutènement s’ouvrirait côté Seine pour former la façade d’un garage (1).
Spécialistes, praticiens, amateurs de tous les pays prient respectueusement le ministre de la Culture et le gouvernement français de réorienter une opération qui, dans sa formulation actuelle, bafoue les savoir faire et les doctrines qui prévalent en matière de restauration sur un plan international.

(1) Le principe de cette baie a depuis été abandonné...







La proue de la galerie au-dessus du jardin suspendu

The prow of the gallery above the hanging garden

La “prua” della galleria al di sopra del giardino pensile

"Носовая часть" галереи над висячим садом
庭の上部にあるギャラリ

Photo : © Gaston Bergeret, 2009

 

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:38

Protestations au 2 rue Saint Louis en l’Ile, 1 quai d’Anjou (4e arrondissement)

 

La Commission du Vieux Paris, réunie le 18 décembre 2008 à l’Hôtel de Ville sous la présidence de Mme Colombe Brossel, adjointe au Maire de Paris chargée du patrimoine, a émis des protestations véhémentes contre les travaux d’aménagement envisagés sur l’hôtel Lambert, classé monument historique, chef d’œuvre de jeunesse de Louis Le Vau, auquel ont collaboré les plus grands artistes du temps, comme Le Brun ou Le Sueur, seul hôtel particulier de la fin du règne de Louis XIII qui soit parvenu pratiquement intact jusqu’à nous.

La Commission proteste contre l’ampleur et la radicalité des interventions prévues, liées à la mise en œuvre d’un programme beaucoup trop chargé, abritant des dizaines de chambres dotées de tous les accessoires du confort, tels qu’ascenseurs, climatisation et salles de bains en nombre égal à celui des chambres, aboutissant au sacrifice des distributions anciennes et de certains dispositifs architecturaux originels, entraînant le percement de trémies dans les planchers et de saignées dans toutes les maçonneries, au risque d’endommager les décors et les structures.

La Commission proteste contre la dépose de toutes les menuiseries extérieures (datant du XVIIe au XXe siècle).

La Commission proteste contre la réalisation de vastes locaux techniques sous la cour et le jardin, en particulier d’un parking dont la sortie sur le quai d’Anjou affectera par sa porte et par le rehaussement du mur d’enceinte, le soubassement des immeubles du quai, site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:37

サン=ルイ通り2番地、アンジュー河岸1番地(4区)にあるランベール館の改築に反対する声明書

パリ歴史的景観保存委員会は、パリ市長補佐官であり、文化遺産管理担当のコロンブ・ブロッセル議長の下に2008年12月18日にパリ市庁舎にて開催された。同委員会は現在、歴史的建造物の指定を受けているランベール館において予定されている改築に対して厳然たる異議を表明するものである。同館は、建築家ルイ・ル・ヴォーの若き日の傑作であるのみならず、当時の傑出した芸術家ルブラン、ルシュウールらとの共同制作の賜物であり、ルイ13世時代の後期の形態をそのまま今日に伝える掛け替えのない殆ど唯一の邸宅である。

同委員会は、現在予定されている大規模で、根本的な改築工事に異議を表明する。それらの工事がもしも実現されれば、10室ほどの部屋から成る建物にエレベーター、空調設備、部屋と同数の浴室という、あらゆる近代的設備をともなった恣意的で、徹底的な改変が加えられ、もともとの配置と本来の建築的構造が犠牲になり、天井には通風孔が穿たれ、あらゆる石造建築の形態が甚大な被害をこうむることになる。装飾と構造とがいずれも危険な状態に陥ることであろう。

同委員会は、建築外壁のあらゆる工芸的装飾の撤去に対して反対の意を表明する(それらは、17世紀から20世紀にかけて作られたものである)。同委員会は、前庭と庭園の下方に予定されている大掛かりな改造計画に異議を表明する。とくにアンジュー河岸にむかって開かれるはずの駐車場に反対する。それは、入口の設置と囲い壁を高くすることによって、ユネスコの世界遺産に登録されている河岸にある複数の建物の基盤に影響を与えずにはおかないからである。

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:23

Arcydzieło paryskiej architektury użytkowej, zaprojektowany przez Le Vau, z dekoracją wnętrz według Le Brun, znajdujący się na brzegu wyspy Świętego Ludwika ma ulec radykalnym przebudowom.
Dotychczasowe, sukcesywne renowacje nie naruszyły struktury tego pałacu i nie zmieniły jego charakteru. Tumczasem nowy projet, który został właśnie opublikowany i zatwierdzony przez oficialne francuskie władze, przewiduje drastyczne zmiany siedemnastowiecznego pałacu który ma stać się nowoczesną, luksusową rezydencją nowego właściciela. Nowe przedziały pomieszczeń apartamentowych pociągną za sobą radykalne wyburzenia instalując przy tym gęstą sieć rur kanalizacyjnych, klimatyzacji i wind włączając do tego całe podziemie i piwnice. W planie jest, między innymi, zburzenie tarasowego „ogrodu wiszącego”, którego mur podporowy widoczny byłby od strony Sekwany stanowiąc część fasady nowego parkingu. Krytycy sztuki, historycy, artyści i amatorzy zabytków z wielu krajów zwrócili się do francuskiego Ministra Kultury i Sztuki oraz do Rządu francuskiego z prośbą o zmianę zatwierdzonych planów, które gwałcą podstawowe zasady i metody restaurowania zabytków na całym świecie, które powinny być zgodne z kunsztem konserwacji zabytków tej klasy.

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:22


Блестящий образец жилой архитектуры
XVII столетия, уникальный ансамбль, созданный архитектором Л. Лево, живописцами Ш. Лебреном и Э. Лесюером на стрелке острова Св. Людовика в Париже, находится перед лицом серьезных и, вероятно, опасных перемен.
Если предыдущие перестройки носили, в основном, локальный характер, не затронув внутреннюю структуру здания и не представляя угрозу его подлинности, то нынешний проект предусматривает полное подчинение особняка
XVII века стандартам современной резиденции «класса люкс», а также придание его фасадам идеализированного псевдоисторического облика. Перепланировка и дробление внутреннего пространства повлекут за собой серьезные разрушения и будет сопровождаться диспропорциональным расширением сети жилищных коммуникаций, включая новый трубопровод и систему кондиционирования. Для обеспечения этих нужд авторы проекта намерены пожертвовать подвальным этажом, сохранившимся почти без изменений с XVII века. Создание новой лифтовой шахты также нанесет серьезный ущерб историческим интерьерам особняка, ведь расположена она будет на месте комнаты с живописным плафоном XVII века и резной деревянной лестницы середины XIX века. Кроме того, проект представляет опасность для знаменитого висячего сада: под ним должен быть устроен гараж с въездом со стороны набережной, который решено прорубить в опорной стене сада, датируемой XVII веком. Историки, архитекторы, реставраторы и любители искусства разных стран обращаются к министру Культуры и правительству Французской республики с убедительной просьбой пересмотреть проект, который, в своей нынешней формулировке, открыто противоречит международным принципам и нормам научной реставрации.

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:21

Esta muestra de valentía de la arquitectura doméstica del París del siglo XVII, diseñada por Le Vau, decorada por Le Brun y situada en uno de los extremos de la Isla de San Luis se encuentra ante una inminente amenaza de transformación radical.

Si bien las diversas reformas a las que fue sometido a lo largo de los siglos no alteraron ni su distribución ni la autenticidad de su estructura, el último proyecto desvelado recientemente, prevé someter al palacete del siglo XVII a las nuevas exigencias de una vivienda de lujo y devolver los exteriores a un estado original idealizado y por tanto irreal. La subdivisión arbitraria del interior en distintos apartamentos conlleva la demolición de una parte considerable del edificio original, a la que se añade la proliferación desproporcionada de conductos técnicos para las instalaciones de fontanería, electricidad, aire acondicionado y ascensores. Las reducidas dimensiones de la parcela requerirían, para acomodar estas funciones, el sacrificio de plantas y sótanos que hasta ahora han permanecido intactos. Se prevé también el desmantelamiento su jardín colgante, cuyo muro de contención se abriría hacia el Sena para conformar la entrada de un garaje.

Especialistas, facultativos y principiantes en la materia de todos los rincones del mundo solicitan respetuosamente la presencia del Gobierno Francés y del Ministerio de Cultura para reorientar el proyecto de restauración, el cual, tal y como se plantea, es una burla a las teorías y a las prácticas que prevalecen en materia de conservación en el plano internacional.

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 23:20

 

إنّ التحفة المعمارية التي رسمها وزيّنها المهندسان الفرنسيّان

Le Vau  و Le Brun والواقعة عند رأس جزيرة سان لويس الباريسية لهي على وشك أن تتعرّض لـتغيـيرات جذرية مشوّهة.

الحقيقة أنّ التحولات المتتالية السابقة التي عرفها المبنى لم يكن لها أثر سلبيّ على هيكلته وعراقته.

أمّا المشروع الذي كـُشف عنه مؤخراً فيهدف إلى تحويل هذا القصر التاريخي الذي تم تشيـيده في القرن السابع عشر إلى شقـق سكنية فخمة وإلى تغيـير الهيئة الأصلية لخارج المبنى على الطراز حديث.

كما أنّ إعادة تنظيم الغرف سيؤدّي إلى هد حيطان أساسيّة وإلى إضافة مسالك فنـيّة عملاقة لتزويد المبنى بالمواسير وأجهزة التكيـيف والمصاعد.

من ناحية أخرى، لا يستبعد بعض المهندسين إلغاء الحديقة المعلـّقة وهدم جزء من الحائط المطـّل على نهر السين من أجل فتح مدخل للسيارات.

فإنّ المتخصصين والمهندسين بل والمحبين لهيئة باريس التاريخية من كل أنحاء المعمورة يدعون وزارة الثقافة والحكومة الفرنسية إلى إعادة النـّظر في هذه العملية التي تنتهك جميع المبادئ الدولية فيما يخصّ فنّ العمارة و ترميم المباني التاريخية.

 

 

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La pétition multilingue

La presse en parle

LE MONDE | 23.02.09 |
Pour l'hôtel Lambert,
faites encore un effort,
Monsieur l'architecte en chef !
par Claude Mignot

Le
18 décembre 2008, la Commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.
Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.
Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.
Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.
Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.
Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.
Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.
On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.
Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.
Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?
Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.
En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.
Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.
Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


Claude Mignot est professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la Commission du Vieux Paris.

La Tribune de l'art

Un important rectificatif sur l'hôtel Lambert - Didier Rykner La tribune de l'art  (19 janvier 2009)

La visite de l’hôtel Lambert qui a alimenté notre article du 16 janvier a été effectuée en compagnie d’Alexandre Gady de l’association Momus et de journalistes spécialisés de Connaissance des Arts et de Beaux-Arts Magazine. Le discours qui nous a été tenu et ce que nous avons pu observer sur place nous avaient tous convaincus que la polémique avait été exagérée et que, si plusieurs points posaient problème, les orientations prises étaient, dans l’ensemble, les bonnes.

A une question d’Alexandre Gady posant la question de la participation de Claude Landes, le meilleur spécialistes des huisseries anciennes, au diagnostic effectué, l’architecte en chef des monuments historiques, Alain-Charles Perrot, avait répondu : « oui, il a été consulté ». Cela nous autorisait à penser que le dossier d’étude préalable, où la majorité des fenêtres est décrite comme datant du XXe siècle, était pertinent.

Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’architecte nous a sciemment caché la vérité : Claude Landes nous a confirmé ne jamais avoir été sollicité.

Ceci remet en cause l'intégralité de ce qui nous a été dit lors de cette visite. La confiance est quelque chose qui se mérite et il faut maintenant nous interroger sur tous les points de ce discours lénifiant : le système de refroidissement et de chauffage est-il bien un simple « distributeur d’air », ou une vraie climatisation comme l’affirme un architecte ayant examiné les plans pour la Commission du Vieux Paris ? Les restaurateurs qui prendront en charge la galerie d’Hercule seront-ils également ceux dont on nous a parlé (et qui ont préalablement travaillé à la galerie d'Apollon au Louvre et à la Galerie des Glaces à Versailles) ou s'agira-t-il d'une autre équipe, le choix final n'ayant pas encore été fait, contrairement à ce qu'on nous a laissé entendre ? Qui restaurera les autres décors muraux : toujours cette équipe, comme nous avons cru le comprendre lors de la visite ou s’agira-t-il d’autres restaurateurs ? Et dans ce cas, auront-ils les mêmes compétences ?

Pour désamorcer au plus vite cette affaire, il faudra bien répondre à toutes ces questions. Il faudra aussi que Claude Landes soit effectivement appelé sur ce chantier et donne son avis sur les huisseries. Si celles-ci s’avéraient plus anciennes que ce qui apparaît dans l'étude préalable d'Alain-Charles Perrot, cela invaliderait toute cette étude. Il est nécessaire également d'inclure le spécialiste de Le Vau dans le comité scientifique, comme cela nous a été annoncé (une décision qui aurait d'ailleurs dû intervenir bien en amont, avant la remise de l'étude préalable).

La communication autour de ce projet témoignait-elle d’une volonté de transparence ou d’une opération de séduction cachant des intentions moins avouables ? En attendant de répondre clairement à cette question cruciale, nous préférons enlever l’article que nous avions écrit. La Tribune de l’Art a pour habitude de donner des informations fiables et vérifiées. Sans doute avons-nous fait preuve, dans cette affaire, de naïveté et nous présentons nos excuses à nos lecteurs. Faut-il souligner par ailleurs le caractère indispensable de la Commission du Vieux Paris que nous n'avons jamais voulu remettre en cause ? Nous avions écrit : « Il est dommage que la Commission du Vieux Paris n'ait pu prendre connaissance du dossier complet avant de se prononcer. » pour regretter que celui-ci ne lui ait pas été envoyé, non pour lui reprocher de ne pas se l’être procuré.

Cette affaire ne fait effectivement que commencer : nous y reviendrons très bientôt, d'autant que trois autres points, que l'on ne nous avait pas cachés, posent de graves problèmes : le parking creusé dans le jardin, l'installation d'un ascenseur perçant un plafond à solives et entraînant la destruction d'un escalier XIXe de Jean-Baptiste Lassus et la dépose d'éléments néo-gothiques au troisième étage du bâtiment.

Profil

  • : Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  • lambert
  • : Paris
  • : association fondée en 1963 pour "entreprendre et mener toute action permettant de promouvoir, de protéger et de faire connaître les quartiers de Paris, afin de sauvegarder leur harmonie architecturale et sociologique". Pierre Housieaux, préside

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