Mercredi 7 octobre 2009

Vient de paraître sur time.com un article intéressant sur l'"affaire Lambert". Nous vous encourageons à le lire...

Is France Doing Enough to Save Its Historic Buildings ?

By Jeffrey T. Iverson  Oct 07, 2009

A Qatari prince's plan to renovate a 17th century Parisian mansion has outraged preservationists in France. They say the government is ignoring its duty to protect one of its greatest assets — its history.


 

 

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Mardi 15 septembre 2009

C’est une très grande satisfaction : la juge des référés ordonne la suspension de la décision du ministre de la Culture et de la Communication en date du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l’hôtel Lambert.

Elle donne ainsi raison à notre association pleinement satisfaite par le fait, notamment, que tous les arguments invoqués par elle au moment des audiences ont été retenus.

 

Extrait de l’ordonnance rendue par le tribunal administratif en date du 15 septembre 2009 :

« …Considérant qu’eu égard aux lacunes relevées et à leur portée quant à l’appréciation de la nature et de l’ampleur exactes des travaux projetés dans plusieurs parties significatives du monument, empêchant d’avoir une vision globale des conséquences du parti architectural choisi et des parties souterraines envisagées, les moyens de légalité externe, tirés, d’une part, du caractère incomplet et insuffisant du dossier de demande au regard des exigences de l’article 20 du décret du 30 mars 2007 et de l’arrêté du 29 novembre 2007, d’autre part, des incidences que celui-ci a pu avoir sur la régularité de l’accord du maire de Paris compétent pour statuer en matière d’urbanisme et de l’avis de la commission nationale des monuments historiques, enfin, l’imprécision des prescriptions de cette commission, notamment en ce qui concerne la « restitution – restauration du niveau des combles dans leur disposition d’origine », sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée… ».

 

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Jeudi 10 septembre 2009

Notre association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique avait déposé respectivement trois recours, dont un gracieux auprès du ministre de la Culture, en vue d’obtenir la suspension, l’annulation et le retrait de la décision du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l'hôtel Lambert.

Une première audience le 21 aout au tribunal administratif de Paris, 7 rue de Jouy, dans le 4e arrondissement a eu lieu et a reporté la décision pour complément d'infomations. Une seconde qui s'est tenue le 8 septembre dernier, au même tribunal a permis notamment à la Ville de Paris de préciser son avis.
Le jugement est mis en délibéré. L'ordonnance de référé devrait être rendue le 16 septembre dernier délai.

Restons sereins...

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Dimanche 30 août 2009

Haut lieu de son histoire au XIXe siècle, la Pologne s’inquiète du projet de restauration de l’hôtel Lambert, par le biais de son ambassadeur à Paris.

Tomasz Orlowski a écrit à Frédéric Mitterrand pour exprimer sa « préoccupation face aux informations concernant les projets de restauration de l'hôtel Lambert ».

Il demande au ministre s’il est exact que « la restauration allait rétablir l'état initial du bâtiment datant du XVIIe siècle, au détriment des traces ultérieures de l'épisode polonais de son histoire ».

M. Orlowski précise que la Pologne n'a toutefois pas de titre officiel pour intervenir dans cette affaire, l’hôtel restant une propriété privée, mais « tient seulement à sensibiliser l'opinion à cet aspect polonais » de l'histoire de ce bâtiment ayant appartenu, de 1843 à 1975, à la famille princière polonaise des Czartoryski, proches parents des Jagellon, dynastie royale qui régna sur une partie de l’Europe centrale du XIVe au XVIIIe siècle.

Pendant de longues années, au milieu du XIXe siècle, le prince Adam Czartoryski y a accueilli dans ses salons les très nombreux exilés polonais qui, comme lui, avaient dû quitter leur pays après l'échec de l’insurrection polonaise de 1830-1831 (soulèvement national contre la Russie). L’hôtel Lambert devint ainsi un important centre de la vie politique, culturelle et sociale polonaise en exil, et aussi le lieu de grandes fêtes, où l'on pouvait croiser Frédéric Chopin, George Sand, Adam Mickiewicz ou Eugène Delacroix. Czartoryski créa en outre de nombreuses institutions, telles que la Librairie polonaise, la Société historique de Pologne, un institut pour les jeunes filles polonaises et une école pour les jeunes gens polonais. La Bibliothèque existe toujours au 6 du quai d'Orléans, également dans l’île Saint-Louis.

 "C'est d'ailleurs Eugène Delacroix qui avait indiqué à Frédéric Chopin que l'hôtel Lambert était mis en vente. Cette information, que le compositeur polonais a transmis au prince Czartoryski, a permis à ce dernier de saisir l'occasion", a rappelé M. Orlowski.

 

Sources AFP

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Vendredi 28 août 2009

Notre association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique avait déposé respectivement trois recours, dont un gracieux auprès du ministre de la Culture, en vue d’obtenir la suspension, l’annulation et le retrait de la décision du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l'hôtel Lambert.


Une première audience le 21 aout dernier au tribunal administratif de Paris, 7 rue de Jouy, dans le 4e arrondissement a eu lieu et a reporté sa décision pour complément d'infomations.
Une seconde est prévue le 8 septembre prochain à 15 h, au même tribunal. La Ville de Paris sera entendue.
Venez nombreux, cette audience est publique...

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Jeudi 23 juillet 2009

Amis, défenseurs du patrimoine, vous trouverez ci-dessous le texte intégral du courrier que nous avons adressé au nouveau ministre de la Culture et de la Communication, quelques jours après sa nomination. Nous sommes toujours en attente de sa réponse.

Par ailleurs nous sommes en train de réfléchir à la suite que nous allons donner à cette décision de Madame Albanel, autorisant les travaux. Vers un éventuel recours ? Nos y réfléchissons !

Il est évident que vous serez très vite informés.


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Supplique en faveur de l’hôtel Lambert

 

Monsieur le Ministre,

 

Loin d’entériner un projet consensuel et de clore les débats, le feu vert donné par Christine Albanel au projet de restauration de l’hôtel Lambert ne fait que raviver les inquiétudes du public et des spécialistes. Cette décision qui témoigne d’une ignorance intolérable relativement à un édifice de cette importance de l’actualité et de l’excellence des savoir-faire répandus dans toute l’Europe inspire des doutes quant à la capacité de notre pays d’assumer la gestion de son patrimoine. Par un concours de circonstances incompréhensible, la gravité des opérations qui compromettent le destin de l’un des fleurons du patrimoine parisien a été volontairement sous-estimée, notamment par la Commission nationale des Monuments historiques. Les amendements obtenus par cette dernière sont minimes au regard du traumatisme qu’on s’apprête à faire subir au bâtiment.

 

Sur le plan patrimonial, le défaut de convenance entre le projet et la valeur d’art et d’histoire du bâtiment est cruel et manifeste. Le retour à un état antérieur idéalisé, l’adoption selon la formule de Viollet-le-Duc d’ « un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné » dénotent une attitude rétrograde difficile à accepter pour un projet de restauration de tout premier ordre. Faut-il rappeler que l’hôtel Lambert classé en totalité s’inscrit dans un site protégé par l’Unesco au titre du patrimoine mondial, au cœur de la capitale d’un pays signataire de la Charte de Venise ? La situation est d’autant plus critique que le principe de cette translation de la réalité présente vers un âge d’or hypothétique s’accompagne de l’intégration dans la structure du XVIIe siècle de la panoplie complète des composantes d’un luxe contemporain dont l’insertion est à la fois mutilante et irréversible.

 

D’un point de vue purement technique, les meilleurs spécialistes du bâti ancien mesurent et déplorent l’étendue des risques qu’on s’apprête à faire subir à la construction pluriséculaire parvenue jusqu’à nous presque indemne, sans égard pour son caractère unique, sa préciosité et sa très grande fragilité. On le sait, il est imprudent de créer d’importants locaux souterrains en bordure de Seine, tant sous la cour que sous le jardin, choquant de percer trois nouvelles cages d’ascenseur ex nihilo au détriment de structures existantes dont un escalier ancien toute hauteur, insensé de soumettre tous les étages d’une construction de ce type et de cet âge aux exigences de la climatisation, grotesque enfin d’invoquer le développement durable dans le cadre d’une opération qui relève d’un chantier d’exception.

 

Monsieur le Ministre, ceci est une supplique : votre nomination récente et le séjour que vous venez d’effectuer à Rome vous donnent un recul dont ne disposaient peut-être pas ceux qui, par dilution des responsabilités, viennent de réserver à un édifice d’une valeur patrimoniale analogue à celle de la Farnésine ou de la villa Madame un destin rien moins que pitoyable. Comment arguer devant des pays de l’Union européenne tels que l’Italie ou l’Espagne que la satisfaction d’un besoin passager – le garage de 4 véhicules – a engendré une action aussi barbare que le bouleversement des sous-sols de l’édifice ? Logerait-on un parking sous la villa Médicis ? Perforerait-on les voûtes et les planchers du Palais Barberini ? Comment justifier auprès des générations futures d’avoir laissé affubler l’hôtel Lambert de pots-à-feu, d’épis de faîtage et de lucarnes de tel ou tel modèle dans l’optique naïve de rendre l’édifice plus beau qu’il n’est déjà ?

 

Laisser commettre ces forfaits dans la position de sachants où nous sommes n’est pas rendre justice à la bonne volonté d’une famille de commanditaires dont on sait, ainsi qu’en témoigne le récent musée de Doha, la priorité qu’elle accorde à l’excellence architecturale. La déontologie et un sens de l’hospitalité même élémentaires exigent qu’on renseigne avec sincérité le Prince Hamad Ben Khalifa Al-Thani de l’appartenance de l’hôtel Lambert aux plus hautes sphères du patrimoine international et des implications qui en résultent. Il est temps encore de dissiper ce climat de courtisanerie servile et aveugle qui a conduit les maîtres d’œuvre chargés de l’opération à satisfaire sans distance critique aux impératifs stéréotypés d’un luxe de convention, à s’écarter du véritable intérêt d’un commanditaire susceptible de nous reprocher un jour très amèrement la dévastation de son bien, mais trop tard.

 

Nous vous soumettons en pièce jointe le texte de la pétition que nous avons lancée en février dernier ainsi qu’une liste de personnalités parmi les 8000 pétitionnaires qui se sont manifestés en faveur d’une réorientation du projet de restauration. Nous y ajoutons le texte d’une interview récemment accordée par Michèle Morgan sur cette maison qu’elle a longtemps habitée. Cette expression sincère et colorée d’une désapprobation partagée par tous les connaisseurs exprime en peu de mots ce que la partenaire de Jean Gabin a elle-même qualifié avec modestie de « bon sens populaire ». Enfin, nous avons l’honneur de vous informer que l’association « Paris Historique » va déposer un recours contre la décision de Christine Albanel, selon les procédures légales.

 

Monsieur le Ministre, vous avez le pouvoir d’enrayer la course de cette machine infernale, de réorienter l’opération ignominieuse qui se profile et de métamorphoser cette campagne de restauration très attendue en un projet « phare », qui puisse conférer à la France le rôle d’avant-garde qu’on est en droit d’attendre d’un pays dont les richesses patrimoniales sont quasi sans égales. Puisse l’engagement dont vous avez fait preuve en maintes circonstances vous déterminer à considérer l’étendue du désastre imminent, à vous saisir à bras-le-corps de ce projet, et faire de la restauration de l’hôtel Lambert l’une des réussites personnelles de votre ministère.

 

Nous vous prions, Monsieur le Ministre, d’agréer les assurances de nos sentiments très respectueux.

 

 

 

 

Jean-François Cabestan, architecte du patrimoine, université de Paris 1 et
Pierre Housieaux, Président de l’association « Paris Historique »

 

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La presse en parle

LE MONDE | 23.02.09 |
Pour l'hôtel Lambert,
faites encore un effort,
Monsieur l'architecte en chef !
par Claude Mignot

Le
18 décembre 2008, la Commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.
Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.
Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.
Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.
Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.
Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.
Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.
On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.
Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.
Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?
Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.
En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.
Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.
Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


Claude Mignot est professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la Commission du Vieux Paris.

La Tribune de l'art

Un important rectificatif sur l'hôtel Lambert - Didier Rykner La tribune de l'art  (19 janvier 2009)

La visite de l’hôtel Lambert qui a alimenté notre article du 16 janvier a été effectuée en compagnie d’Alexandre Gady de l’association Momus et de journalistes spécialisés de Connaissance des Arts et de Beaux-Arts Magazine. Le discours qui nous a été tenu et ce que nous avons pu observer sur place nous avaient tous convaincus que la polémique avait été exagérée et que, si plusieurs points posaient problème, les orientations prises étaient, dans l’ensemble, les bonnes.

A une question d’Alexandre Gady posant la question de la participation de Claude Landes, le meilleur spécialistes des huisseries anciennes, au diagnostic effectué, l’architecte en chef des monuments historiques, Alain-Charles Perrot, avait répondu : « oui, il a été consulté ». Cela nous autorisait à penser que le dossier d’étude préalable, où la majorité des fenêtres est décrite comme datant du XXe siècle, était pertinent.

Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’architecte nous a sciemment caché la vérité : Claude Landes nous a confirmé ne jamais avoir été sollicité.

Ceci remet en cause l'intégralité de ce qui nous a été dit lors de cette visite. La confiance est quelque chose qui se mérite et il faut maintenant nous interroger sur tous les points de ce discours lénifiant : le système de refroidissement et de chauffage est-il bien un simple « distributeur d’air », ou une vraie climatisation comme l’affirme un architecte ayant examiné les plans pour la Commission du Vieux Paris ? Les restaurateurs qui prendront en charge la galerie d’Hercule seront-ils également ceux dont on nous a parlé (et qui ont préalablement travaillé à la galerie d'Apollon au Louvre et à la Galerie des Glaces à Versailles) ou s'agira-t-il d'une autre équipe, le choix final n'ayant pas encore été fait, contrairement à ce qu'on nous a laissé entendre ? Qui restaurera les autres décors muraux : toujours cette équipe, comme nous avons cru le comprendre lors de la visite ou s’agira-t-il d’autres restaurateurs ? Et dans ce cas, auront-ils les mêmes compétences ?

Pour désamorcer au plus vite cette affaire, il faudra bien répondre à toutes ces questions. Il faudra aussi que Claude Landes soit effectivement appelé sur ce chantier et donne son avis sur les huisseries. Si celles-ci s’avéraient plus anciennes que ce qui apparaît dans l'étude préalable d'Alain-Charles Perrot, cela invaliderait toute cette étude. Il est nécessaire également d'inclure le spécialiste de Le Vau dans le comité scientifique, comme cela nous a été annoncé (une décision qui aurait d'ailleurs dû intervenir bien en amont, avant la remise de l'étude préalable).

La communication autour de ce projet témoignait-elle d’une volonté de transparence ou d’une opération de séduction cachant des intentions moins avouables ? En attendant de répondre clairement à cette question cruciale, nous préférons enlever l’article que nous avions écrit. La Tribune de l’Art a pour habitude de donner des informations fiables et vérifiées. Sans doute avons-nous fait preuve, dans cette affaire, de naïveté et nous présentons nos excuses à nos lecteurs. Faut-il souligner par ailleurs le caractère indispensable de la Commission du Vieux Paris que nous n'avons jamais voulu remettre en cause ? Nous avions écrit : « Il est dommage que la Commission du Vieux Paris n'ait pu prendre connaissance du dossier complet avant de se prononcer. » pour regretter que celui-ci ne lui ait pas été envoyé, non pour lui reprocher de ne pas se l’être procuré.

Cette affaire ne fait effectivement que commencer : nous y reviendrons très bientôt, d'autant que trois autres points, que l'on ne nous avait pas cachés, posent de graves problèmes : le parking creusé dans le jardin, l'installation d'un ascenseur perçant un plafond à solives et entraînant la destruction d'un escalier XIXe de Jean-Baptiste Lassus et la dépose d'éléments néo-gothiques au troisième étage du bâtiment.

Profil

  • : Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  • lambert
  • : Paris
  • : association fondée en 1963 pour "entreprendre et mener toute action permettant de promouvoir, de protéger et de faire connaître les quartiers de Paris, afin de sauvegarder leur harmonie architecturale et sociologique". Pierre Housieaux, préside

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