Samedi 13 février 6 13 /02 /Fév 14:06

LE MONDE | 06.02.10 |

L
a restauration dans les règles de l'art d'un monument historique à usage d'habitation est une aventure délicate. Apporter un confort dernier cri à un édifice classé peut porter atteinte à son intégrité patrimoniale. Gommer les strates de l'Histoire pour revenir à un état initial supposé de l'édifice, c'est aller contre la charte de Venise (1964), qui préconise de conserver les traces de son évolution. Ces problématiques, l'affaire de l'hôtel Lambert vient de les éclairer brutalement.

Les travaux envisagés sur ce joyau du XVIIe siècle, bâti à la proue de l'île Saint-Louis à Paris par Louis Le Vau - qui a agrandi Versailles - pour Jean-Baptiste Lambert, secrétaire de Louis XIII, ont été très contestés. Après douze mois de polémique et un jugement au tribunal administratif qui annula l'autorisation ministérielle, l'affaire s'est soldée par un compromis. Un cas exemplaire qui pose les limites d'une intervention sur un édifice classé monument historique.

Revenons sur les faits. Le protocole d'accord, signé le 22 janvier, entre le ministère de la Culture, la Mairie de Paris, le propriétaire de l'hôtel Lambert, représenté par Cheikh Hamad Al-Thani, neveu de l'émir du Qatar, et l'association Paris Historique, met fin au contentieux. Le projet initial de réhabilitation qui prônait un retour à l'état supposé du XVIIe avec une modernisation très pointue du confort intérieur, jugé trop brutal, a été sérieusement amendé.

Préciser le détail du compromis est révélateur. Le propriétaire a renoncé au parking souterrain et à l'ascenseur à voitures sous la cour d'honneur. Les conduites techniques passeront sous les planchers, sans affecter les décors - certains signés Le Brun et Le Sueur. Le cabinet XVIIe au plafond historié garde sa cheminée. Il ne sera pas transformé en salle de bains... mais il accueillera un ascenseur pour desservir le sous-sol.

La galerie néogothique de Jean-Baptiste Lassus, aménagée au XIXe par le prince Czartoryski, où se réunissait le Paris romantique avec Chopin et Delacroix, sera finalement préservée. Le parapet du jardin suspendu, qui souligne la courbe du fleuve, ne sera pas rehaussé ; enfin, moins de 10 % des pierres de la façade et non 40 % comme il était craint, seront changées.

Tout avait commencé sous les meilleurs auspices. En juillet 2007, le baron Guy de Rothschild, qui l'occupait depuis trente ans, vend l'hôtel Lambert au frère de l'émir du Qatar, que l'on dit grand amateur d'art français. Le propriétaire qatari est prêt à mettre le prix nécessaire à une restauration exemplaire - qui pourrait atteindre 40 millions d'euros.

A l'ampleur des travaux envisagés par l'architecte en chef des monuments historiques, la Commission du Vieux Paris - commission municipale centenaire - répond par un avis défavorable. Bertrand Delanoë, maire de Paris, alerté, émet des réserves. Christine Albanel, alors ministre de la Culture, accepte le projet, avec des modifications. Celles-ci sont jugées insuffisantes par l'association Paris Historique, qui obtient gain de cause devant la justice... et ainsi de suite jusqu'au compromis.

Les experts du patrimoine sont montés au front, relayés par les sommités des arts et des lettres et la vox populi, jusqu'à faire mouche. La mobilisation populaire, de tout bord, s'est illustrée par une pétition de 8 000 signatures : du simple citoyen à l'académicien, jusqu'à Michèle Morgan, qui y habita, comme le claironnaient les Bateaux-Mouches. Par sa position en balcon sur la Seine, ce fleuron du Grand Siècle est chéri des Parisiens. Il ne se dérobe pas entre cour et jardin comme le dicte l'usage, mais exhibe sa galerie en abside, au su et au vu de tous.

Si tous les feux étaient braqués sur l'hôtel Lambert, il n'en sera pas de même pour les monuments historiques dont l'Etat, en manque d'argent, cherche à se débarrasser - hôpitaux, tribunaux, prisons, ministères... comme l'hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, bientôt libéré par l'armée et au sort incertain. Avec quelle éthique, selon quels principes, ces édifices seront-ils découpés, modernisés ? Au profit de tous, comme c'est le cas à Saint- Macaire (Gironde), dont les habitants se sont réappropriés leur cité médiévale ? Pour une poignée d'investisseurs friands de défiscalisation ? La décentralisation envisagée des monuments de l'Etat pourrait se terminer en vaste braderie.

Sur les cent édifices gérés par le Centre des monuments nationaux, vingt ont été choisis - dont les châteaux Bussy-Rabutin (Côte-d'Or), Carrouges (Orne), Cadillac (Gironde) - pour être aménagés, en partie, en hôtels et restaurants : il faut les rentabiliser. Quelle sera la doctrine en matière de sécurité, d'économies d'énergie, de respect des normes en vigueur ? "Transformer en bouteille Thermos une construction ancienne en l'isolant totalement c'est une hérésie qui condamne un bâtiment centenaire à une détérioration rapide", note Michèle Prats, vice-présidente d'Icomos France.

Ce conseil international des monuments et des sites de l'Unesco a préconisé, en décembre 2009, la plus grande prudence et suggère des mesures d'exception pour le patrimoine. Une directive européenne laisse la liberté aux administrations d'écarter du champ les monuments "protégés".

Comme quoi l'affaire de l'hôtel Lambert soulevait de vraies questions.

Florence Evin

 

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts...
Mercredi 10 février 3 10 /02 /Fév 19:11

Les discussions initiées avec l’association, conjointement par le ministre de la Culture et de la Communication, le maire de Paris et leurs représentants, ayant finalement trouvé un compromis satisfaisant, nous avons décidé d’initier les démarches visant à nous désister de la procédure en cours.

Nous nous réjouissons d’avoir obtenu gain de cause de façon amiable sur la majeure partie des aménagements que nous avions contestés et tenons à remercier chaleureusement tous ceux qui nous ont soutenus et ainsi contribuer à l’aboutissement de ce protocole visant en priorité à préserver l’intégrité patrimoniale de l’hôtel Lambert.

 

Afin de vous expliquer plus en détails le contenu de l’accord que nous avons signé, nous vous convions à une réunion d’information qui aura lieu le

 

Vendredi 19 février 2010, de 18h à 20h

Centre Malher (CNRS)

9, rue Malher - 75004 PARIS

Métro : Saint-Paul ou Pont-Marie - Bus : 67, 69, 76 ou 96

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts...
Vendredi 22 janvier 5 22 /01 /Jan 18:35

Des dicussions, initiées conjointement par le ministre de la Culture et de la Communication, le maire de Paris et leurs représentants, ont été récemment engagées avec notre association au sujet des travaux de restauration de l’hôtel Lambert. Le tribunal administratif de Paris, saisi en référé, avait suspendu le 15 septembre 2009 l’autorisation de travaux signée par le ministère le 11 juin, accordant ainsi foi à notre requête. Un pourvoi en cassation, présenté conjointement par le ministère et le propriétaire de l’hôtel, était jusqu’à présent en cours d’examen au conseil d’État.

Les parties ayant finalement trouvé un compromis satisfaisant, nous avons décidé d’initier les démarches visant à nous désister de la procédure en cours. L’association se réjouit d’avoir obtenu gain de cause de façon amiable sur la majeure partie des aménagements qu’elle avait contestés.
Voici les points essentiels qui ont retenu tout particulièrement notre attention :

- Cuvelage de la cour d’honneur et du jardin : le propriétaire a renoncé au creusement d’un parking souterrain, et nous avons consenti une excavation pour permettre l’installation d’un transformateur EDF conforme à la réglementation. L’association veillera toutefois à ce que le creusement n’excède pas un tiers de la surface de la cour d’honneur.

- Régulation thermique de l’ensemble de l’hôtel : le propriétaire s’est engagé à ce que les conduites passent essentiellement par les planchers ainsi que par des gaines isolées et indépendantes des décors historiques qui ne sauraient en être affectés.

- Exhaussement du mur de clôture : le propriétaire a renoncé à cet aménagement, tenant compte des objections que nous avions émises sur le rehaussement du parapet extérieur du jardin, qui entraînerait une atteinte profonde à l’harmonie caractérisant la proue de l’île Saint-Louis.

- Escalier de l’aile est : nous avons reconnu que l’escalier aménagé au début du 19e siècle dans une ancienne cour et situé à l’est de l’escalier d’honneur présente un intérêt patrimonial secondaire et avons par conséquent accepté que celui-ci soit remplacé, dans le cadre du projet de restauration, par deux ascenseurs desservant les étages.

- Réaménagement du cabinet de Jean-Baptiste Lambert en salle de bains : compte tenu de l’importance historique de l’ancien cabinet de Jean-Baptiste Lambert que nous avions réaffirmée, le propriétaire a renoncé à sa transformation en salle de bains. Le manteau de la cheminée de marbre demeurera en place de même que l’importante cloison à laquelle l’ouvrage est adossé. Le maintien de cette disposition entraîne la préservation de la souche de cheminée correspondante en toiture. Nous avons admis, en dépit des réserves émises sur ce point, la création d’un ascenseur entre l’étage inférieur et le niveau mentionné, assurant sur un seul niveau la desserte du cabinet, dès lors que cette installation n’affectera aucunement le plafond historié et peint.

- Galerie « Troubadour » (étage attique de l’aile est) : sensible à l’importance historique de cet emplacement qui, comme nous l’avons rappelé, constitue un témoignage du passage de la famille Czartoryski dans l’hôtel Lambert, mais également désireux de réaliser son programme d’habitation qui prévoit l’installation de deux chambres et leurs dépendances à l’emplacement de cette galerie, le propriétaire s’est engagé à assurer la complète réversibilité de cet aménagement, afin, le moment venu, d’en permettre l’éventuelle restauration.

Monsieur Andrea Bruno, architecte à Turin, auteur de la restauration du château de Rivoli en Italie et du musée des Arts et Métiers à Paris, a accepté d’être nommé par le ministre de la Culture, sur notre proposition et avec l’accord du propriétaire, comme expert au comité scientifique qui suivra les travaux.

Nous tenons à remercier chaleureusement toutes les personnes qui nous ont soutenus ces derniers mois, et qui ont contribué, chacune à leur niveau, à faire aboutir ce protocole visant en priorité à préserver l’intégrité de l’hôtel Lambert.

 

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts...
Vendredi 25 décembre 5 25 /12 /Déc 20:19

Ce jour de Noël 2010, paraît dans Le Monde, un article d'Henri Gaudin, architecte, dont voici le texte :

"C'est une indignation à la mesure du forfait qu'on se prépare à commettre à son encontre. Le projet de restauration de l'hôtel Lambert, cet édifice majeur de l'architecte Le Vau, se dresse sur l'étrave de l'île Saint-Louis, en épousant la courbe de la Seine. Il est rare qu'un tel dynamisme s'allie avec la rigueur d'un ordonnancement au rythme souverain.

C'est le quai d'Anjou en son entier qui vient se terminer sur un jardin suspendu. L'île ménage une proue que domine le corps principal du prestigieux édifice, à la façon dont une passerelle se dresse sur un vaisseau. Le mouvement est si juste, l'assise du jardin suspendu si assurée, le rythme des fenestrages si délicat, l'architecture si dynamique qu'on croirait voir le bâtiment glisser le long de la Seine en exposant son étrave au courant, sans autre âge que celui de la jeunesse et du futur.

En abîmer les traits, c'est meurtrir la ville avec laquelle le magnifique hôtel Lambert fait corps.

Si comme le dit Victor Hugo, "l'usage appartient à quelques-uns et la Beauté appartient à tous", c'est nous tous qui en sommes les destinataires. Qui n'a pas ressenti qu'on ne saurait séparer la singularité prestigieuse de cet édifice du tout qu'est la ville ? La manifestation de sa beauté dépasse notre propre personne et intéresse la communauté en son entier. Témoignant d'une époque d'intense activité esthétique et éthique, l'excellence de son architecture, comme toute oeuvre d'aujourd'hui, offre sa puissance créatrice à travers le temps.

Le Vau, son architecte, n'est pas seulement contemporain de son siècle, il s'adresse à des générations futures, à tous ceux qui pensent que la modernité est de tous les âges, à ceux qui stigmatisent la bassesse par l'exigence de l'esprit. Ne défigurons pas une beauté sous la séduction de laquelle nous tombons tous. Soyons à son écoute, respectons l'intransigeance de son architecture, admirons la richesse des prestigieuses peintures de Le Sueur et de Le Brun.

Hélas ! le projet de "réhabilitation" manifeste l'intention de construire un parking sans se soucier des bouleversements des sols et du dommage causé aux substructions intouchées depuis 1640.

Lord Byron, Ruskin, Wagner, Proust, tous amoureux de Venise, ont-ils jamais exigé que leur carrosse et plus tard leur voiture pût accéder à l'intérieur des palais dans lesquels ils résidaient ? Quelle aberration d'exiger l'intrusion d'un parking à l'intérieur de l'édifice, de construire trois ascenseurs, de soustraire des pièces d'une délicate harmonie au profit de salles de bains multiples, d'altérer la proportion de certains salons, de supprimer des manteaux de cheminées et des escaliers élégamment balancés.

Ignore-t-on que par la surenchère d'aménagements superflus de salles de bains et par la transformation du chef-d'oeuvre en hôtel de luxe, on expose dès lors l'édifice aux impératifs d'une technique qui impose des passages de gaines de ventilation en tous sens, altérant l'ensemble de la construction et menaçant, par l'ampleur de locaux sous le jardin suspendu, l'intégrité des fondations.

C'est ne pas entendre les harmoniques de proportions savantes, c'est être aveugle au rayonnement qu'émettent les prestigieuses oeuvres des peintres Le Sueur et Le Brun, auquel on doit la Galerie des glaces de Versailles ; c'est ne pas écouter ce dont les murs ont perçu les échos. Oui ! ces murs ont une âme, ces espaces sont investis de ce dont ils ont été témoins.

Il est paradoxal de maltraiter ce qui est authentique et de se soustraire au respect d'une oeuvre prestigieuse dans le même temps qu'on s'affaire - contrevenant à l'esprit même d'une époque - à placer sur les façades des colifichets (pots à feu et autres pots à fleurs) dérisoires.

Qui peut être dupe de cette manière de nous donner le change en s'affairant maladroitement à l'inessentiel ? Mutiler salons et escaliers, rehausser le soubassement par un parapet qui alourdit sa proportion est une faute. Peindre des menuiseries en trompe-l'oeil sur la façade, une mascarade. Et comment peut-on faire disparaître de vieux appareillages de pierre dont les assises disjointes témoignent de l'empirisme des savoir-faire et du travail des maçons ?

Laissons à leur simplicité de vieilles cheminées qui font bon ménage avec l'esprit du Grand Siècle et sont des marques touchantes de la vie quotidienne. Comble de cynisme : sous couvert de respect du passé, on se propose de détruire d'authentiques lucarnes et leurs balcons en fer forgé pour leur substituer des succédanés dont la proportion maladroite brise le mouvement ascendant du motif d'entrée. Ah, les belles âmes que sont les sectateurs d'une authenticité au service de laquelle on sacrifie le vrai à la mythologie de la symétrie et de l'équilibre.

Niaiseries des "nigauds aux goûts appris", persiflait Stendhal, désignant les contempteurs de la dissymétrie et de l'irrégularité de l'admirable place du Quirinal, à Rome.

Peut-on briser la carapace d'indifférence dont se revêt la société ? A travers les mouvements d'indignation contre la mutilation de l'hôtel Lambert, on a l'espoir que oui. Nombreux sont ceux qui saisissent qu'une oeuvre est un maillon de la longue chaîne de la modernité qui parcourt les siècles, et qui ont foi en la vie de l'esprit. Ils savent que, dans une époque d'intense activité éthique et esthétique, les créateurs refusent de n'être que les hommes du présent, et s'adressent à ceux qui vivront le futur.

Si ce bâtiment est grand, c'est parce qu'il est le point d'orgue d'un ensemble qui s'appelle l'île Saint-Louis. Comme être singulier, il n'en fait pas moins partie d'un tout, tant il a d'affinités avec des proximités qu'il emporte dans son élan. Avec quelle grâce il se greffe au quai d'Anjou ! Cet édifice met en branle l'imagination, et nous porte à l'essentiel par sa qualité de trait, sa qualité de tension, sa façon d'avoir créé un avenir. Ne nous leurrons pas !

Musil nous invite à voir clair : "Jamais plus une idéologie unitaire, une "culture" ne viendront d'elles-mêmes dans notre société blanche..." C'est pour cette raison qu'on peut être fasciné par l'intensité créatrice de l'admirable édifice de Le Vau, et que ce n'est pas à lui de se conformer à nos usages, mais à nous de savoir vivre selon ce qu'il émet d'échos harmonieux.

J'ai entendu, dans la consternation, que les défenseurs de l'intégrité d'un fleuron de notre culture étaient des xénophobes. Je m'insurge ! Le sont ceux qui menacent l'intégrité d'un patrimoine ; ceux qui ruinent les inventions de vivre des Asiatiques, des Amérindiens, de l'islam, et participent à la destruction des cultures qui font monde.

Où l'on reconnaîtra que les premiers destructeurs c'est nous : à Pékin, à Shanghaï, en Europe et ailleurs."


 

Henri GAUDIN, Architecte

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts...
Mercredi 7 octobre 3 07 /10 /Oct 19:58

Vient de paraître sur time.com un article intéressant sur l'"affaire Lambert". Nous vous encourageons à le lire...

Is France Doing Enough to Save Its Historic Buildings ?

By Jeffrey T. Iverson  Oct 07, 2009

A Qatari prince's plan to renovate a 17th century Parisian mansion has outraged preservationists in France. They say the government is ignoring its duty to protect one of its greatest assets — its history.


 

 

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : L'avis des experts...
Mardi 15 septembre 2 15 /09 /Sep 12:14

C’est une très grande satisfaction : la juge des référés ordonne la suspension de la décision du ministre de la Culture et de la Communication en date du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l’hôtel Lambert.

Elle donne ainsi raison à notre association pleinement satisfaite par le fait, notamment, que tous les arguments invoqués par elle au moment des audiences ont été retenus.

 

Extrait de l’ordonnance rendue par le tribunal administratif en date du 15 septembre 2009 :

« …Considérant qu’eu égard aux lacunes relevées et à leur portée quant à l’appréciation de la nature et de l’ampleur exactes des travaux projetés dans plusieurs parties significatives du monument, empêchant d’avoir une vision globale des conséquences du parti architectural choisi et des parties souterraines envisagées, les moyens de légalité externe, tirés, d’une part, du caractère incomplet et insuffisant du dossier de demande au regard des exigences de l’article 20 du décret du 30 mars 2007 et de l’arrêté du 29 novembre 2007, d’autre part, des incidences que celui-ci a pu avoir sur la régularité de l’accord du maire de Paris compétent pour statuer en matière d’urbanisme et de l’avis de la commission nationale des monuments historiques, enfin, l’imprécision des prescriptions de cette commission, notamment en ce qui concerne la « restitution – restauration du niveau des combles dans leur disposition d’origine », sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée… ».

 

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : La pétition
Jeudi 10 septembre 4 10 /09 /Sep 15:01

Notre association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique avait déposé respectivement trois recours, dont un gracieux auprès du ministre de la Culture, en vue d’obtenir la suspension, l’annulation et le retrait de la décision du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l'hôtel Lambert.

Une première audience le 21 aout au tribunal administratif de Paris, 7 rue de Jouy, dans le 4e arrondissement a eu lieu et a reporté la décision pour complément d'infomations. Une seconde qui s'est tenue le 8 septembre dernier, au même tribunal a permis notamment à la Ville de Paris de préciser son avis.
Le jugement est mis en délibéré. L'ordonnance de référé devrait être rendue le 16 septembre dernier délai.

Restons sereins...

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : La pétition
Dimanche 30 août 7 30 /08 /Août 13:22

Haut lieu de son histoire au XIXe siècle, la Pologne s’inquiète du projet de restauration de l’hôtel Lambert, par le biais de son ambassadeur à Paris.

Tomasz Orlowski a écrit à Frédéric Mitterrand pour exprimer sa « préoccupation face aux informations concernant les projets de restauration de l'hôtel Lambert ».

Il demande au ministre s’il est exact que « la restauration allait rétablir l'état initial du bâtiment datant du XVIIe siècle, au détriment des traces ultérieures de l'épisode polonais de son histoire ».

M. Orlowski précise que la Pologne n'a toutefois pas de titre officiel pour intervenir dans cette affaire, l’hôtel restant une propriété privée, mais « tient seulement à sensibiliser l'opinion à cet aspect polonais » de l'histoire de ce bâtiment ayant appartenu, de 1843 à 1975, à la famille princière polonaise des Czartoryski, proches parents des Jagellon, dynastie royale qui régna sur une partie de l’Europe centrale du XIVe au XVIIIe siècle.

Pendant de longues années, au milieu du XIXe siècle, le prince Adam Czartoryski y a accueilli dans ses salons les très nombreux exilés polonais qui, comme lui, avaient dû quitter leur pays après l'échec de l’insurrection polonaise de 1830-1831 (soulèvement national contre la Russie). L’hôtel Lambert devint ainsi un important centre de la vie politique, culturelle et sociale polonaise en exil, et aussi le lieu de grandes fêtes, où l'on pouvait croiser Frédéric Chopin, George Sand, Adam Mickiewicz ou Eugène Delacroix. Czartoryski créa en outre de nombreuses institutions, telles que la Librairie polonaise, la Société historique de Pologne, un institut pour les jeunes filles polonaises et une école pour les jeunes gens polonais. La Bibliothèque existe toujours au 6 du quai d'Orléans, également dans l’île Saint-Louis.

 "C'est d'ailleurs Eugène Delacroix qui avait indiqué à Frédéric Chopin que l'hôtel Lambert était mis en vente. Cette information, que le compositeur polonais a transmis au prince Czartoryski, a permis à ce dernier de saisir l'occasion", a rappelé M. Orlowski.

 

Sources AFP

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : La pétition
Vendredi 28 août 5 28 /08 /Août 14:34

Notre association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique avait déposé respectivement trois recours, dont un gracieux auprès du ministre de la Culture, en vue d’obtenir la suspension, l’annulation et le retrait de la décision du 11 juin 2009, autorisant les travaux à l'hôtel Lambert.


Une première audience le 21 aout dernier au tribunal administratif de Paris, 7 rue de Jouy, dans le 4e arrondissement a eu lieu et a reporté sa décision pour complément d'infomations.
Une seconde est prévue le 8 septembre prochain à 15 h, au même tribunal. La Ville de Paris sera entendue.
Venez nombreux, cette audience est publique...

Par Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique - Publié dans : La pétition

Heureux épilogue...

Heureux épilogue pour l’affaire de l’hôtel Lambert : les voies de l’amiable

À la proue de l’île Saint-Louis, l’hôtel Lambert se dresse fièrement. Splendeur de l’architecture parisienne du XVIIe siècle, l’imposante demeure a récemment fait couler beaucoup d’encre, et le feuilleton judiciaire qui paraissait prêt de s’entamer devant le tribunal administratif de Paris, semble avoir trouvé récemment son terme par un – heureux ? – compromis. C’est Le Vau, le génial architecte de Vaux-le-Vicomte, qui officia à la construction de cet hôtel sur un terrain acquis en 1639 par Jean-Baptiste Lambert, riche seigneur de Sucy-en-Brie et de Thorigny (V. le n° spécial de Connaissance des Arts, suppl. n° 671, « L’hôtel Lambert, chef d’œuvre de l’architecture parisienne du Grand Siècle »).

Malheureusement celui-ci n’eut guère le temps d’y résider, il y décéda à peine quelques mois après son installation, en décembre 1644. L’hôtel passa entre les mains de son frère, Nicolas. Les frères Lambert firent de l’endroit un véritable bijou, admirablement décoré par les plus grands noms de l’époque, dont Le Sueur et Le Brun. Le bâtiment échut en 1732 à Claude Dupin, un riche fermier général. Puis, à la faveur de ses propriétaires successifs, l’hôtel Lambert entra dans l’histoire de Paris. La littérature s’en empara ; Eugène Sue en fit le cadre de l’un de ses romans (E. Sue, Paula Monti, ou l’hôtel Lambert, histoire contemporaine, 1845). Et nombreuses furent les célébrités qui franchirent les portes de l’impressionnante demeure. Voltaire aurait séjourné à plusieurs reprises dans cet endroit qu’il considérait comme « une maison faite pour un souverain qui serait philosophe ». Delacroix, Balzac, Georges Sand ou encore Liszt et Chopin fréquentèrent les salons de l’hôtel quand celui-ci était aux mains du prince polonais Czatoryski, devenant alors le refuge d’une Pologne en exil. Puis, le baron de Rothschild s’en rendit propriétaire en 1975 et y exposa certains des joyaux de sa collection de peintures. Là encore, les plus belles heures de Paris continuèrent de s’y écouler.

En juillet 2007, l’hôtel fut cédé au frère de l’émir du Qatar pour la rondelette somme de 80 millions d’euros. Toute la difficulté de cette affaire tient à ce qu’un certain nombre de travaux étaient rendus nécessaires par l’état actuel du bâtiment. Cependant, le nouveau propriétaire ne comptait pas en rester là et projetait la réalisation de travaux d’ampleur plus considérable, ce afin de conférer à l’hôtel un plus grand confort. Il était notamment question, parmi bien d’autres, d’installer un parking souterrain sous la cour d’honneur ou encore de la pose de divers ascenseurs, mais également d’un retour à l’état d’origine, niant ainsi les apports des siècles suivants (pour un exposé détaillé, et sur cet affaire, V. les articles de D. Rykner, www.latribunedelart.com).

Le projet, supervisé par l’architecte en chef des monuments historiques, fut soumis à la Commission du Vieux Paris, organe consultatif créé en 1897 à l’initiative d’Alfred Lamouroux et présidé par le maire. Celle-ci émit le 18 décembre 2008 un avis négatif à propos des travaux envisagés, protestant « contre l’ampleur et la radicalité des interventions prévues ».

La presse se saisit de l’affaire, une pétition fut lancée, réunissant de nombreuses signatures, dont celle de l’une des célèbres locataires de l’hôtel Lambert , Michèle Morgan. Associations et universitaires s’en mêlèrent fort heureusement, ce qui contribua peut-être l’architecte du nouveau propriétaire à revoir sa copie.

Parce qu’il s’agissait d’un monument classé, une autorisation était nécessaire, conformément à l’article L. 621-9 du code du patrimoine. Si celle-ci émane normalement du préfet, il est loisible, selon l’article 21 du décret du 30 mars 2007, au ministère de la Culture d’évoquer le dossier. Et celui-ci, suivant en cela l’avis favorable de la commission nationale des monuments historiques rendu le 9 mars 2009, autorisa, le 11 juin, les travaux de restauration, faisant état de ce que ceux-ci pourraient « redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan ».

L’association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique décida d’attaquer la décision du ministre devant le Tribunal administratif de Paris. Dans une ordonnance de référé rendue le 15 septembre 2009, cette juridiction fit droit à la demande de l’association.

La qualité pour agir de l’association avait été contestée. Bien naturellement, le jugement écarta cet argument, tenant compte de ce que l’objet social du requérant était d’entreprendre et de mener toute action permettant de « protéger les quartiers de Paris, afin de sauvegarder leur harmonie architecturale ». De même, la situation d’urgence était caractérisée.

C’est l’absence de documents qui, principalement, a motivé la décision du tribunal administratif. En effet, le magistrat déplore que le dossier (tout autant que les études auxquelles il renvoie) ne comporte pas suffisamment de documents graphiques ou photographiques. Ainsi constate-t-il que « le dossier de demande ne contient pas de document photographique récapitulant, de façon claire et synthétique, les vues actuelles de l’ensemble des façades et du jardin de l’hôtel Lambert ». De même, sur certains points, des éléments d’expertise faisaient défaut. Aussi la demande ne permettait pas d’apprécier « l’ampleur exacte des travaux projetés dans plusieurs parties significatives du monument, empêchant d’avoir une vision globale des conséquences du parti architectural choisi et des constructions souterraines envisagées ».

Dans ces conditions, le tribunal prononça la suspension de l’exécution de la décision du 11 juin 2009. Il s’agissait toutefois d’une suspension partielle, dans la mesure où celle-ci ne s’appliquait pas aux travaux intérieurs de réhabilitation et de restauration prévus dans les pièces désignées comme remarquables.

On ne saura jamais ce qu’il serait advenu si la procédure avait suivi son cours. Le 22 janvier 2010, le ministère de la Culture, la mairie de Paris, l’actuel propriétaire de l’hôtel Lambert et l’association requérante se sont entendus sur un compromis censé mettre fin à l’instance. L’association a accepté de se désister en contrepartie d’une modification très substantielle du projet initial (V. F. Evin, Restauration du patrimoine, la leçon de l’hôtel Lambert, Le Monde, 7 févr. 2010, p. 2). Les travaux vont donc pouvoir commencer.

L’on ne peut que se féliciter de ce que cette association soit intervenue dans ce dossier. D’autant que le recours a pu aboutir à une solution négociée laquelle a entraîné de nombreux amendements au projet qui contribuent ainsi à préserver ce bijou du Grand Siècle. Si les droits d’un propriétaire privé ne peuvent être niés, il faut tenir compte de la spécificité qui marque un élément de la trempe de l’hôtel Lambert. Témoignage d’une époque, cet emblème du patrimoine privé fait assurément partie de l’histoire de Paris. À ce titre, l’intervention était légitime.

On pourrait d’ailleurs presque regretter que l’État ne se soit par rendu acquéreur de l’hôtel Lambert. Sans doute toutes ces difficultés auraient pu être évitées. Cependant, le simple droit de préemption urbain n’y aurait pas suffi, la ville de Paris ne pouvant supporter à elle seule la charge d’une telle acquisition. Et surtout, à l’heure où l’État paraît plus prompt à se décharger de nombre de ses monuments historiques (F. Evin, art. préc.), on ose à peine y penser.

 

Thibault de Ravel d’Esclapon

ATER à l’université de Strasbourg,

Centre du Droit de l’Entreprise
Droit et culture 

 

La pétition multilingue

La presse en parle

LE MONDE | 23.02.09 |
Pour l'hôtel Lambert,
faites encore un effort,
Monsieur l'architecte en chef !
par Claude Mignot

Le
18 décembre 2008, la Commission du Vieux Paris alertait l'opinion sur la dénaturation importante que subirait l'hôtel Lambert, l'un des grands chefs-d'oeuvre de l'architecture du Grand Siècle, classé Monument historique depuis 1862, si le projet de "réhabilitation" élaboré par l'architecte en chef des Monuments historiques (MH), M. Alain-Charles Perrot, pour le nouveau propriétaire, n'était pas profondément amendé. L'affaire de l'hôtel Lambert, dont Le Monde s'est plusieurs fois fait l'écho, commençait.
Réflexion faite, le plus étrange est que les points les plus discutables du projet, voire les plus scandaleux, tiennent moins aux exigences du client qu'aux choix techniques, aux caprices esthétiques et aux erreurs historiques de l'architecte.
Le premier point, celui par lequel le scandale est arrivé, est le parti de creuser et de cuveler de béton la cour et le jardin, pour installer un vaste parking souterrain et les lourds équipements techniques, électriques et géothermiques retenus par M. Perrot.
Il est assez ahurissant qu'un architecte en chef des MH ait pu proposer de creuser le seul authentique jardin "suspendu" du "Paris Grand Siècle" pour établir un garage trouvant son débouché en plein milieu du mur du XVIIe, dans un site classé au Patrimoine mondial.
Ce parti de plan serait écarté, dit-on, mais faut-il revenir simplement au projet initial, que les services de la Ville avaient déjà rejeté : parking sous la cour et plateau technique sous le jardin ? Il présente deux inconvénients majeurs : le passage de béton reliant les deux cuvelages passe sous les caves du corps principal et viendra couper les pilotis de bois sur lequel repose l'hôtel Lambert, comme tous les vieux hôtels de l'île Saint-Louis ; d'autre part, même si le cuvelage technique est un peu réduit, l'authenticité et la beauté du jardin resteront fortement altérées.
Une seule solution est correcte d'un point de vue patrimonial : garer les voitures en surface, dans les anciennes remises de carrosse et dans le passage cocher existant sur le quai, comme le faisaient les Rothschild, les précédents propriétaires, ce qui permettrait de placer tout le plateau technique sous la cour pour dégager les caves, sans creuser sous le jardin.
Le deuxième point, qui fait aussi scandale, touche la dernière pièce du grand appartement du premier étage, avec son plafond à poutres et solives peintes et dorées avec des figures - putti et médaillons -, que l'étude a reconnu comme authentique, avec des restaurations d'extension limitée. Le projet prévoyait de transformer le noble "cabinet" de M. Lambert en salle de bains et dressing, et de détruire un bon tiers du plafond pour faire passer un ascenseur et une énorme gaine technique. Devant la presse en janvier, l'architecte reconnaissait l'écueil, "concession faite au propriétaire", qui souhaitait un accès direct par ascenseur à sa chambre.
On attendait plutôt qu'il trouve la bonne passe pour l'éviter... derrière la cloison qui retranche depuis le XVIIIe ou le XIXe un quart environ du grand cabinet de travail d'origine, l'ascenseur pouvant remplacer le petit escalier de dégagement installé là. Et, si on y retrouve le quart manquant du plafond peint d'origine, il faudra savoir persuader le nouveau propriétaire, qui aime, dit-on, l'art et Paris, qu'on a des devoirs vis-à-vis du patrimoine qu'on occupe, et que, pour préserver cette découverte, il faudra se satisfaire d'un ascenseur s'arrêtant au premier étage (deux autres ascenseurs n'étant pas si loin) pour ne pas détruire ce qu'on viendrait à découvrir.
Le troisième point est sans doute moins spectaculaire, mais, pour l'architecture comme pour la haute couture, tout est dans les détails autant que dans le grand dessin. Il touche à la doctrine de restauration, qui a fait pourtant l'objet d'accords internationaux signés par la France, la charte de Venise en 1965 et la convention européenne de Grenade en 1985, et dont la règle majeure est le respect des strates de l'histoire.
Or le prince polonais Adam Czartoryski, qui rachète l'hôtel en 1842 et dont la famille le possède jusqu'en 1976, opère une importante restauration avant d'accueillir dans ses salons tous les exilés polonais de Paris et quelques-unes des gloires de la France littéraire. Pourquoi vouloir gommer toute trace de cette seconde brillante période pour restituer un pseudo-état XVIIIe ?
Il est absurde de vouloir remplacer dans la cage du grand escalier la balustrade haute, créée au XIXe, par une balustrade neuve, en s'appuyant sur une gravure dont on peut démontrer la fausseté, comme de substituer au lanternon zénithal en place un lanternon neuf, dont le modèle n'est pas documenté. Absurde aussi de changer le dessin des lucarnes, dont la plupart datent de cette même époque, d'autant que l'opération conduit à déposer les beaux vitraux qui éclairent le corridor de l'atelier installé dans les combles pour le prince polonais par J.-B. Lassus, le restaurateur de la Sainte-Chapelle, à Paris.
En fait, si les deux commissions, qui doivent se réunir prochainement, n'y mettent pas leur veto, c'est tout cet appartement néogothique, y compris l'escalier qui y mène, que s'apprêtent à faire disparaître M. Perrot et M. Pinto, le décorateur dont le rôle est sans doute plus important que ce qu'on en a dit jusqu'ici.
Pourquoi diable faut-il une campagne de presse et d'opinion pour obtenir le respect de notre patrimoine ? Tous les atouts semblaient pourtant ici réunis : un propriétaire amoureux des arts, prêt à dépenser sans compter et donnant carte blanche à un architecte des Monuments historiques, épaulé par un comité scientifique. Mais voilà : l'architecte a une vision archaïque de la restauration, le comité ne comprenait jusqu'il y a quelques semaines ni spécialiste d'architecture ni spécialiste du second-oeuvre, et le ministère pilotait le tout en direct dans le secret.
Maintenant que le dossier est public, espérons que le bon sens patrimonial l'emportera et que l'hôtel Lambert pourra retrouver sa splendeur.


Claude Mignot est professeur d'histoire de l'art et de l'architecture à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la Commission du Vieux Paris.

La Tribune de l'art

Un important rectificatif sur l'hôtel Lambert - Didier Rykner La tribune de l'art  (19 janvier 2009)

La visite de l’hôtel Lambert qui a alimenté notre article du 16 janvier a été effectuée en compagnie d’Alexandre Gady de l’association Momus et de journalistes spécialisés de Connaissance des Arts et de Beaux-Arts Magazine. Le discours qui nous a été tenu et ce que nous avons pu observer sur place nous avaient tous convaincus que la polémique avait été exagérée et que, si plusieurs points posaient problème, les orientations prises étaient, dans l’ensemble, les bonnes.

A une question d’Alexandre Gady posant la question de la participation de Claude Landes, le meilleur spécialistes des huisseries anciennes, au diagnostic effectué, l’architecte en chef des monuments historiques, Alain-Charles Perrot, avait répondu : « oui, il a été consulté ». Cela nous autorisait à penser que le dossier d’étude préalable, où la majorité des fenêtres est décrite comme datant du XXe siècle, était pertinent.

Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, l’architecte nous a sciemment caché la vérité : Claude Landes nous a confirmé ne jamais avoir été sollicité.

Ceci remet en cause l'intégralité de ce qui nous a été dit lors de cette visite. La confiance est quelque chose qui se mérite et il faut maintenant nous interroger sur tous les points de ce discours lénifiant : le système de refroidissement et de chauffage est-il bien un simple « distributeur d’air », ou une vraie climatisation comme l’affirme un architecte ayant examiné les plans pour la Commission du Vieux Paris ? Les restaurateurs qui prendront en charge la galerie d’Hercule seront-ils également ceux dont on nous a parlé (et qui ont préalablement travaillé à la galerie d'Apollon au Louvre et à la Galerie des Glaces à Versailles) ou s'agira-t-il d'une autre équipe, le choix final n'ayant pas encore été fait, contrairement à ce qu'on nous a laissé entendre ? Qui restaurera les autres décors muraux : toujours cette équipe, comme nous avons cru le comprendre lors de la visite ou s’agira-t-il d’autres restaurateurs ? Et dans ce cas, auront-ils les mêmes compétences ?

Pour désamorcer au plus vite cette affaire, il faudra bien répondre à toutes ces questions. Il faudra aussi que Claude Landes soit effectivement appelé sur ce chantier et donne son avis sur les huisseries. Si celles-ci s’avéraient plus anciennes que ce qui apparaît dans l'étude préalable d'Alain-Charles Perrot, cela invaliderait toute cette étude. Il est nécessaire également d'inclure le spécialiste de Le Vau dans le comité scientifique, comme cela nous a été annoncé (une décision qui aurait d'ailleurs dû intervenir bien en amont, avant la remise de l'étude préalable).

La communication autour de ce projet témoignait-elle d’une volonté de transparence ou d’une opération de séduction cachant des intentions moins avouables ? En attendant de répondre clairement à cette question cruciale, nous préférons enlever l’article que nous avions écrit. La Tribune de l’Art a pour habitude de donner des informations fiables et vérifiées. Sans doute avons-nous fait preuve, dans cette affaire, de naïveté et nous présentons nos excuses à nos lecteurs. Faut-il souligner par ailleurs le caractère indispensable de la Commission du Vieux Paris que nous n'avons jamais voulu remettre en cause ? Nous avions écrit : « Il est dommage que la Commission du Vieux Paris n'ait pu prendre connaissance du dossier complet avant de se prononcer. » pour regretter que celui-ci ne lui ait pas été envoyé, non pour lui reprocher de ne pas se l’être procuré.

Cette affaire ne fait effectivement que commencer : nous y reviendrons très bientôt, d'autant que trois autres points, que l'on ne nous avait pas cachés, posent de graves problèmes : le parking creusé dans le jardin, l'installation d'un ascenseur perçant un plafond à solives et entraînant la destruction d'un escalier XIXe de Jean-Baptiste Lassus et la dépose d'éléments néo-gothiques au troisième étage du bâtiment.

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  • Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  • Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  • association fondée en 1963 pour "entreprendre et mener toute action permettant de promouvoir, de protéger et de faire connaître les quartiers de Paris, afin de sauvegarder leur harmonie architecturale et sociologique". Pierre Housieaux, prési

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